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Et après?

ArianePar Ariane Néron Lapointe, étudiante au Baccalauréat en science politique

Alors que l’automne amène son lot de défis – pluie, noirceur, vent, fraicheur –, cette ambiance se veut particulièrement propice à l’introspection. Entre les travaux et l’étude qui envahissent notre espace vital lors de la mi-session, octobre est le mois des grandes décisions pour ceux qui devront réorienter leur parcours scolaire, et ce, dès la session d’hiver. Je suis de ceux-là.
Jusqu’ici, je n’avais qu’à me préoccuper que de mon Baccalauréat en science politique, baccalauréat qui, avouons-le, avait été assez difficile à choisir vu l’inventaire des possibilités offertes. D’emblée, je connaissais les contingences de mon parcours scolaire en sachant très bien que mon avenir n’était pas déterminé d’avance, que la science politique ne m’autoriserait ni le titre de politicien, de diplomate ou encore de professeur. À mon baccalauréat, je savais qu’il y aurait un après. L’idylle s’achève donc et me voilà confrontée à cet après. Devant le grand jour du grand soir, je dois m’orienter vers ce que je veux devenir, ce que je veux être, car en science politique, dans les sciences humaines en général, c’est vouloir être, peut-être, quelque chose d’autre que ce notre époque nous dicte; c’est ce choix qui s’avère déterminant. Par conséquent, l’après m’obsède et me fait entrer dans une introspection sans fin qui oscille avec le tic tac du temps m’amenant à me poser un tas de questions. Dois-je faire une maitrise? Si oui, quelles seront mes perspectives? Voudrais-je devenir une militante active? Voudrais-je faire de la recherche? Dois-je seulement demeurer en science politique? J’ai pris beaucoup de temps à apprivoiser cette science politique et maintenant qu’elle ne m’offre plus la sécurité d’un baccalauréat, je dois, d’une certaine façon, la quitter. Et après? Qui me dit que je dois décider avant l’échafaud du 1er novembre. En octobre, les questions s’enchainent et ne trouvent pas de réponse définitive. Il y a peu, je présentais mon baccalauréat au Salon ZigZag, salon qui présente chaque année une panoplie d’opportunités scolaires – postsecondaires, collégiales ou universitaires – pour ceux qui, comme moi, doivent aussi faire un choix. C’est en regardant les jeunes de 17 ans que je me suis dit qu’il était un peu tôt pour faire un choix si essentiel; moi-même, à 23 ans, je suis encore bien jeune pour décider, dans ce monde si incertain, où je voudrais être dans 10 ans.
Et si l’on se donnait rendez-vous dans 10 ans?
Ariane

La vie des mots

chevalPar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Je viens de passer deux jours au salon Zig Zag : super expérience, même si j’aurais aimé recevoir plus de jeunes à mon kiosque! Néanmoins, ceux qui se sont présentés pour en savoir davantage sur la linguistique étaient vraiment intéressés et intéressants. Ça a été un réel plaisir que de les voir réaliser à quel point on peut analyser le français sous d’autres angles que ceux auxquels le système d’éducation les a habitués. J’ai surtout remarqué leur enthousiasme pour l’histoire du français et les liens entre changements phonétiques et orthographe. C’est d’ailleurs des mots et de leur passé dont je veux parler aujourd’hui.

C’est grâce au cours d’histoire de la langue française (7LNG129) que je me suis initié à la linguistique – en réalité, ça a été mon tout premier cours à l’université. Hyper intimidant, je vous l’assure! Mais l’introduction du cours m’a vraiment accroché et j’ai immédiatement eu envie d’en savoir plus sur l’histoire de ma langue. Nous parlons tous le français, mais nous ne savons pas forcément ce qui l’a façonné. Il suffit de lire des textes du 19e siècle pour voir que beaucoup de mots sont devenus désuets alors qu’ils étaient courants à l’époque; quand on remonte jusqu’à Molière, on commence à être vraiment dépaysé, du moins si la version que l’on consulte n’a pas été modernisée (l’orthographe n’est donc pas adaptée).

Ce que le cours m’a donné l’occasion de faire, c’est d’aller voir encore plus loin que ça. En fait, le français existait déjà (sous une forme embryonnaire) en 850. Ce n’était alors plus du latin, mais pas tout à fait du français non plus. Les premiers textes dont on dispose sont politiques. Le choix de la langue avait, pour la signature de traités, une importance capitale : c’était un signe de respect que de faire des déclarations dans la langue de son nouvel allié.

À la lecture des Serments de Strasbourg, le premier texte contenant du « proto-français », la réaction initiale que j’ai eue était que j’étais en train de lire quelque chose d’absolument incompréhensible, moins encore que l’espagnol ou le portugais (langues que je ne parle pas vraiment!). Or, en regardant la forme des mots, petit à petit, j’ai réalisé que j’étais capable de déduire le sens de l’énoncé, même si l’ordre des composantes phrastiques (sujet, verbe, compléments) était très différent de celui d’aujourd’hui. J’ai été vraiment fasciné de voir cet ancien état de ma langue. C’est un peu comme faire son arbre généalogique et parvenir à trouver son ancêtre. Ça réveille quelque chose en soi, ça renforce l’identité. Ça m’a vraiment rendu amoureux de l’histoire des mots.

En étudiant des changements phonétiques s’étant produits entre le latin et le français du Moyen-Âge, j’ai compris beaucoup de choses. J’ai compris pourquoi le pluriel de cheval est chevaux. J’ai compris pourquoi il y a deux sons dans le mot temps mais cinq lettres. J’ai compris pourquoi il y a un h au début du mot huile et un b dans certaines graphies du nom de famille Lefebvre. J’ai compris pourquoi on utilise la double négation à l’écrit (ne… pas), mais très rarement à l’oral. J’ai appris ces choses en lisant des textes anciens, en étudiant l’évolution des langues (le français ne fait pas exception). D’ailleurs, l’une des ressources que ce cours m’a enseigné à utiliser est la base de données FRANTEXT, qui réunit des textes français du 11e siècle à aujourd’hui. On peut entrer un mot ou une expression dans le moteur de recherche et en retrouver les premières occurrences écrites (souvent orthographiées bien différemment ou utilisées avec un tout autre sens qu’aujourd’hui). C’est alors que j’ai commencé à avoir des réflexions étymologiques (D’où viennent les mots? Comment en sont-ils arrivés à signifier ce qu’ils signifient?), qui se poursuivent encore aujourd’hui et qui ne cesseront probablement jamais. Je me demande au moins cinq fois par jour d’où viennent certains mots que j’utilise au quotidien. Les mots sont comme des vieilles connaissances que j’apprends enfin à connaître de façon plus intime. Je me sens proche d’eux, je me sens savant, je sens que je comprends mieux d’où je viens, comment je m’exprime et comment tout cela définit mon identité. En s’intéressant à la vie des mots, on comprend comment le français du Québec en est venu à être si différent de celui de la France. Et on apprend à s’accepter davantage, on se décomplexe : on ne parle pas moins bien que nos cousins européens, mais seulement différemment!

Le travail de session demandé dans le cours d’histoire de la langue française était de retracer l’histoire d’un mot, de son apparition dans la langue à aujourd’hui. Vous seriez surpris de savoir d’où nous viennent nénuphar, magasin ou brasserie! J’avais pour ma part travaillé sur espérer, ce qui m’avait permis de découvrir que ce mot était auparavant utilisé au sens d’attendre : « espère un peu, ça va finir par marcher! ». On peut se convaincre de cela en consultant une autre super ressource (disponible gratuitement en ligne), le fichier lexical du Trésor de la langue française au Québec. Cette base de données contient des textes publiés en français en Amérique du Nord et permet de faire le même genre de recherches (mais un peu moins poussées) que FRANTEXT. Cependant, elle a l’avantage de traiter de textes bien de chez nous et d’être plus près de nos usages!

Une dernière ressource dont je conseille la consultation est le TLFI (Trésor de la langue française informatisé), une œuvre colossale, réalisée il y a quelques décennies, recensant plus de 100 000 mots actuels et désuets et leur étymologie. Un dictionnaire est un outil, bien sûr, mais il peut également étancher la curiosité de ceux qui, comme moi, s’émerveillent devant la formidable complexité de la langue, cet instrument que nous utilisons tous les jours sans vraiment chercher à le comprendre.

J’avoue avoir un faible pour la linguistique historique. J’ai d’ailleurs réalisé pour le plaisir (oui oui, l’université a de ces effets…) une recherche sur l’étymologie du nom commun d’une plante indigène d’Amérique, le bois de plomb. J’ai consulté de vieux manuscrits (Internet nous offre des ressources incroyables!), cherché dans FRANTEXT et dans le fichier lexical du TLFQ, dans des dictionnaires de latin et dans des atlas linguistiques, dans des manuels de botanique… Et j’ai vraiment adoré ça. Il n’y avait pas de consensus sur l’origine de ce nom et j’ai réussi à soumettre une hypothèse plausible sur sa signification originale et sur son évolution. Je n’ai pas fait ça tout à fait sans but, bien sûr : c’était pour contribuer au mémoire de maîtrise de mon frère, étudiant en chimie, qui portait sur cette plante. Une autre preuve que l’interdisciplinarité est source d’inspiration!

Il faut que je me retienne de vous présenter mille et une autres trouvailles étymologiques que j’ai faites au cours de la dernière année. J’ai le sourire aux lèvres alors que je finis d’écrire ce billet. J’espère que vous aurez, comme moi, la chance de vivre cette émotion une fois au baccalauréat : ressentir de la passion pour ce qu’on étudie, c’est merveilleux!

Le Salon Zig Zag : un événement déterminant!

Kiosque Zig Zag
Par Jessica Lavoie, étudiante au Baccalauréat en études littéraires françaises

Les 16 et 17 octobre derniers se tenait au Pavillon sportif de l’UQAC, la sixième édition du Salon Zig Zag, je fais mon chemin! Cet événement, qui met l’élève au centre du processus d’orientation, présente les différents programmes offerts au  Saguenay/Lac Saint-Jean. Durant leur visite, les élèves, qui sont pour la majorité en secondaire 3, 4 et 5, ont donc la possibilité de s’informer sur les différentes professions qui les interpellent, que celles-ci soient au niveau professionnel, collégial ou universitaire. Zigzag permet aussi aux jeunes de découvrir des programmes, des métiers auxquels ils n’avaient peut-être pas songé.

L’expérience est très enrichissante pour les élèves, mais elle l’est également pour les étudiants qui présentent leur programme! Effectivement, j’ai eu la chance de représenter mon Baccalauréat en études littéraires françaises et je peux vous assurer une chose, c’est que lorsque le salon s’est terminé j’avais le sourire aux lèvres. Durant les deux journées passées au kiosque de littérature et langues, j’ai entendu des témoignages d’amour pour la littérature absolument magnifiques. Lorsqu’ils voyaient les livres qui ornaient la table du kiosque, des jeunes s’approchaient les yeux brillants, assoiffés d’information concernant le Baccalauréat en études littéraires françaises. Certains étaient plutôt timides et n’osaient poser des questions, mais dès que je prenais l’initiative de donner d’avantages d’informations je voyais qu’ils aimaient que la discussion continue. Il était primordial pour moi de répondre à toutes leurs questions et d’expliquer le bac le plus clairement possible. Pour ce faire, j’ai dû adapter mon langage à celui des élèves, car j’ai très vite compris que des termes comme sémiotique littéraire et narratologie nécessitaient une petite explication! J’ai adoré voir certains jeunes quitter le kiosque avec un immense sourire aux lèvres.

Ce contact avec les élèves m’a appris de nombreuses choses. La première est que la littérature est toujours présente, vivante et importante chez les adolescents. En plus, les discussions que j’ai eues avec les jeunes m’ont permis de confirmer mon choix de carrière. Effectivement, j’ai grandement aimé informer les élèves et échanger avec eux. Je me souciais de rendre mon discours facilement compréhensible grâce à un langage approprié, des explications claires et des exemples pertinents. Ainsi, enseigner la littérature semble pour moi une carrière hautement stimulante!

Je terminerai en citant ce qu’un homme d’une cinquantaine d’années m’a déclaré en regardant les livres posés sur la table : « Ce sont tous des livres que j’ai lus lorsque j’étudiais la littérature. Ça a été les plus belles années de ma vie… J’avais l’impression de contrôler mon destin. »

Je ne rajouterai rien, car je crois qu’en quelques mots seulement cet homme a tout dit.

 

Pour de plus amples informations sur le Salon Zig Zag : http://www.evenementzigzag.ca