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La recherche à l’honneur

Présentation de mon projet de recherche estival

Les semaines se font de plus en plus courtes et la liste de choses à faire, elle, s’allonge. Voilà à quoi ressemble typiquement la vie d’un étudiant universitaire à l’approche de la mi-session lorsqu’il décide de participer à un colloque scientifique!

Cette semaine, j’ai eu le grand plaisir d’être honoré lors de la première édition de la Soirée de la relève scientifique, qui s’est tenue le mercredi 18 février à l’UQAC. L’événement m’a d’ailleurs permis de présenter la recherche que j’ai réalisée l’été dernier au Laboratoire de phonétique expérimentale grâce à une bourse du FRQSC. Mon temps a été bien occupé : des étudiants et des professeurs de plusieurs horizons ont pris le temps de s’intéresser à mon exposé et de me faire des suggestions pour la suite des choses, comme je compte poursuivre ce projet à la maîtrise. Leurs remarques m’ont été utiles et leur attention m’a touché. L’occasion était excellente pour acquérir de l’expérience sur le plan de la vulgarisation scientifique : pas facile de sortir de sa discipline et d’adapter son discours à des gens qui n’ont pas les mêmes bases que soi, surtout dans la sphère technique.

Le gala organisé après cette période de présentation a été consacré à la célébration de la recherche étudiante. J’ai beaucoup aimé l’initiative, puisque je considère qu’il est extrêmement important qu’une institution reconnaisse la valeur de ses étudiants et de ses professeurs-chercheurs (ce qui a été fait le lendemain lors d’une seconde soirée consacrée à leurs travaux). Un professeur de l’Unité d’enseignement en linguistique et langues modernes s’est d’ailleurs démarqué en recevant le prix de l’enseignement 2015. La phonétique était donc à l’honneur cette semaine, ce qui n’est pas pour me déplaire!

Par ailleurs, j’ai été très heureux d’apprendre que le Département des arts et lettres m’a choisi comme représentant de 1er cycle au nouveau Tableau d’honneur des doyens, une autre initiative nouvelle de cette année. Je sens que mes efforts portent leurs fruits, et c’est une très belle reconnaissance!

D’autre part, ma collègue et moi en sommes à nos derniers préparatifs en vue d’une présentation dans un colloque, comme je vous le disais dans mon premier article du trimestre. Les tests statistiques sont faits, la littérature est réunie et a été lue une première fois, les graphiques sont en cours de conception… Tout avance relativement bien, mais il reste le plus important : concevoir le support visuel et maîtriser notre sujet assez pour le présenter à d’autres étudiants en linguistique. De nombreuses heures sont encore à prévoir avant que tout ne soit prêt pour le 5 mars!
J’ai bien hâte de pouvoir souffler un peu. Néanmoins, je me trouve chanceux, puisque ce qui me rend occupé me passionne également!

La vie des mots

chevalPar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Je viens de passer deux jours au salon Zig Zag : super expérience, même si j’aurais aimé recevoir plus de jeunes à mon kiosque! Néanmoins, ceux qui se sont présentés pour en savoir davantage sur la linguistique étaient vraiment intéressés et intéressants. Ça a été un réel plaisir que de les voir réaliser à quel point on peut analyser le français sous d’autres angles que ceux auxquels le système d’éducation les a habitués. J’ai surtout remarqué leur enthousiasme pour l’histoire du français et les liens entre changements phonétiques et orthographe. C’est d’ailleurs des mots et de leur passé dont je veux parler aujourd’hui.

C’est grâce au cours d’histoire de la langue française (7LNG129) que je me suis initié à la linguistique – en réalité, ça a été mon tout premier cours à l’université. Hyper intimidant, je vous l’assure! Mais l’introduction du cours m’a vraiment accroché et j’ai immédiatement eu envie d’en savoir plus sur l’histoire de ma langue. Nous parlons tous le français, mais nous ne savons pas forcément ce qui l’a façonné. Il suffit de lire des textes du 19e siècle pour voir que beaucoup de mots sont devenus désuets alors qu’ils étaient courants à l’époque; quand on remonte jusqu’à Molière, on commence à être vraiment dépaysé, du moins si la version que l’on consulte n’a pas été modernisée (l’orthographe n’est donc pas adaptée).

Ce que le cours m’a donné l’occasion de faire, c’est d’aller voir encore plus loin que ça. En fait, le français existait déjà (sous une forme embryonnaire) en 850. Ce n’était alors plus du latin, mais pas tout à fait du français non plus. Les premiers textes dont on dispose sont politiques. Le choix de la langue avait, pour la signature de traités, une importance capitale : c’était un signe de respect que de faire des déclarations dans la langue de son nouvel allié.

À la lecture des Serments de Strasbourg, le premier texte contenant du « proto-français », la réaction initiale que j’ai eue était que j’étais en train de lire quelque chose d’absolument incompréhensible, moins encore que l’espagnol ou le portugais (langues que je ne parle pas vraiment!). Or, en regardant la forme des mots, petit à petit, j’ai réalisé que j’étais capable de déduire le sens de l’énoncé, même si l’ordre des composantes phrastiques (sujet, verbe, compléments) était très différent de celui d’aujourd’hui. J’ai été vraiment fasciné de voir cet ancien état de ma langue. C’est un peu comme faire son arbre généalogique et parvenir à trouver son ancêtre. Ça réveille quelque chose en soi, ça renforce l’identité. Ça m’a vraiment rendu amoureux de l’histoire des mots.

En étudiant des changements phonétiques s’étant produits entre le latin et le français du Moyen-Âge, j’ai compris beaucoup de choses. J’ai compris pourquoi le pluriel de cheval est chevaux. J’ai compris pourquoi il y a deux sons dans le mot temps mais cinq lettres. J’ai compris pourquoi il y a un h au début du mot huile et un b dans certaines graphies du nom de famille Lefebvre. J’ai compris pourquoi on utilise la double négation à l’écrit (ne… pas), mais très rarement à l’oral. J’ai appris ces choses en lisant des textes anciens, en étudiant l’évolution des langues (le français ne fait pas exception). D’ailleurs, l’une des ressources que ce cours m’a enseigné à utiliser est la base de données FRANTEXT, qui réunit des textes français du 11e siècle à aujourd’hui. On peut entrer un mot ou une expression dans le moteur de recherche et en retrouver les premières occurrences écrites (souvent orthographiées bien différemment ou utilisées avec un tout autre sens qu’aujourd’hui). C’est alors que j’ai commencé à avoir des réflexions étymologiques (D’où viennent les mots? Comment en sont-ils arrivés à signifier ce qu’ils signifient?), qui se poursuivent encore aujourd’hui et qui ne cesseront probablement jamais. Je me demande au moins cinq fois par jour d’où viennent certains mots que j’utilise au quotidien. Les mots sont comme des vieilles connaissances que j’apprends enfin à connaître de façon plus intime. Je me sens proche d’eux, je me sens savant, je sens que je comprends mieux d’où je viens, comment je m’exprime et comment tout cela définit mon identité. En s’intéressant à la vie des mots, on comprend comment le français du Québec en est venu à être si différent de celui de la France. Et on apprend à s’accepter davantage, on se décomplexe : on ne parle pas moins bien que nos cousins européens, mais seulement différemment!

Le travail de session demandé dans le cours d’histoire de la langue française était de retracer l’histoire d’un mot, de son apparition dans la langue à aujourd’hui. Vous seriez surpris de savoir d’où nous viennent nénuphar, magasin ou brasserie! J’avais pour ma part travaillé sur espérer, ce qui m’avait permis de découvrir que ce mot était auparavant utilisé au sens d’attendre : « espère un peu, ça va finir par marcher! ». On peut se convaincre de cela en consultant une autre super ressource (disponible gratuitement en ligne), le fichier lexical du Trésor de la langue française au Québec. Cette base de données contient des textes publiés en français en Amérique du Nord et permet de faire le même genre de recherches (mais un peu moins poussées) que FRANTEXT. Cependant, elle a l’avantage de traiter de textes bien de chez nous et d’être plus près de nos usages!

Une dernière ressource dont je conseille la consultation est le TLFI (Trésor de la langue française informatisé), une œuvre colossale, réalisée il y a quelques décennies, recensant plus de 100 000 mots actuels et désuets et leur étymologie. Un dictionnaire est un outil, bien sûr, mais il peut également étancher la curiosité de ceux qui, comme moi, s’émerveillent devant la formidable complexité de la langue, cet instrument que nous utilisons tous les jours sans vraiment chercher à le comprendre.

J’avoue avoir un faible pour la linguistique historique. J’ai d’ailleurs réalisé pour le plaisir (oui oui, l’université a de ces effets…) une recherche sur l’étymologie du nom commun d’une plante indigène d’Amérique, le bois de plomb. J’ai consulté de vieux manuscrits (Internet nous offre des ressources incroyables!), cherché dans FRANTEXT et dans le fichier lexical du TLFQ, dans des dictionnaires de latin et dans des atlas linguistiques, dans des manuels de botanique… Et j’ai vraiment adoré ça. Il n’y avait pas de consensus sur l’origine de ce nom et j’ai réussi à soumettre une hypothèse plausible sur sa signification originale et sur son évolution. Je n’ai pas fait ça tout à fait sans but, bien sûr : c’était pour contribuer au mémoire de maîtrise de mon frère, étudiant en chimie, qui portait sur cette plante. Une autre preuve que l’interdisciplinarité est source d’inspiration!

Il faut que je me retienne de vous présenter mille et une autres trouvailles étymologiques que j’ai faites au cours de la dernière année. J’ai le sourire aux lèvres alors que je finis d’écrire ce billet. J’espère que vous aurez, comme moi, la chance de vivre cette émotion une fois au baccalauréat : ressentir de la passion pour ce qu’on étudie, c’est merveilleux!

De l’analyse de la parole à la prise de parole : une première communication

PrésentationPar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

C’est fait!

Mais quoi donc, direz-vous?

J’ai franchi une étape importante vendredi dernier, alors que, répondant à l’invitation du Laboratoire de phonétique de l’Université Laval, je me suis rendu à Québec pour présenter une partie du travail que j’ai accompli cet été. Trente minutes de présentation devant un public d’experts : assez impressionnant quand on fait ses premiers pas dans un domaine!

Il faut dire que je savais depuis la fin juillet que j’allais faire cette communication. Le sujet, soit la programmation en phonétique, était assez technique, et j’avais bien peur de ne pas savoir le rendre intéressant. Il a fallu que je retravaille ce que j’allais présenter, c’est-à-dire des scripts permettant d’exécuter certaines actions plus rapidement dans Praat, le logiciel dont se servent la majorité des spécialistes de l’analyse de la parole. Après les avoir peaufinés et rendus compréhensibles à l’œil externe, je les ai arrangés dans un PowerPoint… Concevoir une série de diapositives qui soit à la fois pertinente, intéressante et assez succincte est un défi de taille!

Heureusement, les conseils de mon superviseur m’ont guidé dans la mise sur pied d’un diaporama satisfaisant. Il ne me restait plus qu’à apprendre à maîtriser mon sujet, ce qui est plus facile à dire qu’à faire! Comprendre et expliquer sont deux choses fort différentes. Je devais rendre mes scripts accessibles à mon public. Un bon exercice, surtout pour moi, qui ai souvent de la difficulté à vulgariser.

Après sept ou huit séances de monologue au labo, je suis parvenu à respecter le temps alloué et j’ai pratiqué ma présentation devant mon superviseur. C’est peut-être ce qui a été le plus stressant : un face-à-face avec quelqu’un qui cherche à rendre votre exposé parfaitement clair! Heureusement, j’ai la chance d’être guide dans un musée, et les nombreuses visites guidées que j’ai animées m’ont donné un gros avantage pour ce qui est de l’aisance en public!

Le 19 septembre est donc arrivé à toute allure, et il a été temps de prendre la route pour Québec. Dans l’auto, le stress montait peu à peu. Arrivée à l’Université Laval vers 10h30, rencontre avec l’équipe du laboratoire, dîner commun, puis présentation à 13h30. Outre faire l’expérience d’une présentation, la journée m’a permis de mieux connaître deux étudiantes au doctorat déjà passées par l’UQAC et la directrice du laboratoire. Après tout, c’est essentiel, car il existe une bonne collaboration entre les deux structures de recherche, et il me fallait m’intégrer.

Le mot de la fin : on n’insistera jamais assez sur le fait que, bien plus que la présentation en elle-même, ce sont les questions du public qui vous force à un grand effort de réflexion sur le vif. C’est toutefois un défi très enrichissant que d’y répondre le plus clairement possible!