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Graphiques, revérifications et littérature

book-and-glassesPar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

L’été passe plus vite que je ne l’aurais cru, bien que je passe le plus clair de mes journées dans les chiffres et les analyses. Heureusement, juillet a été un mois clément côté météo et j’en ai profité pour faire le tour des festivals avec des amis !

Mon superviseur est revenu il y a deux semaines au laboratoire de phonétique pour constater l’avancement des travaux et me donner un coup de main pour la suite. J’avoue l’avoir attendu avec beaucoup d’appréhension, en partie parce que je me sentais pris au dépourvu pendant son absence, en partie parce que j’avais hâte d’avoir son avis sur mes résultats. Quoique j’aie pu en penser à certains moments, j’ai abattu une bonne quantité de travail ces dernières semaines! Comme je m’y attendais, il va falloir que je m’attaque davantage à la littérature. J’aimerais bien que ce soit du Victor Hugo ou du Molière, mais il s’agit plutôt de sources scientifiques pas toujours très accessibles pour un étudiant de première année… Ce qui est certain, c’est que l’expérience que j’accumule en ce moment me sera très utile au moment de ma maîtrise, et sans nul doute dans plusieurs travaux au cours de mon baccalauréat.

Néanmoins, j’avoue avoir été (et être encore) un peu découragé devant certains écrits, notamment des études phonétiques des années 60 rapportées en anglais avec une terminologie un peu différente de celle qu’on utilise aujourd’hui et des allusions à des technologies qui n’existent plus ou qui ont évolué de façon stupéfiante. Mais si on ne s’informe pas sur ce qui a été fait auparavant, on ne peut pas tirer de conclusions valides. Après tout, mon projet est exploratoire, et j’ai encore bien peu de connaissances dans mon domaine. Il faut commencer quelque part!

Jusqu’à présent, la recherche estivale s’est révélée plus formatrice que n’importe quel cours auquel j’ai assisté pendant mes deux premières sessions, bien que j’aie reçu une formation d’une grande qualité. Être confronté à de nombreuses difficultés en même temps (devoir apprivoiser de nouveaux outils et une nouvelle terminologie, essayer de comprendre l’ordre logique dans lequel le relevé des données devrait se faire et autres casse-tête) m’a ouvert les yeux sur ce qui m’attend dans quelques années et m’a aussi poussé à puiser dans mes ressources.

Par exemple, le programme que j’ai utilisé pour mes analyses, Praat (qui est gratuit et très répandu dans le monde de la phonétique), possède son propre langage de programmation. On dit souvent que le meilleur moyen de rendre un processus efficace est de le confier à une personne paresseuse. J’ai certainement un petit côté paresseux : bien vite lassé de certaines manipulations répétitives, j’ai cherché à les automatiser à l’aide des possibilités offertes par Praat. J’avais fait un peu de programmation au secondaire et les notions apprises à l’époque se sont révélées très utiles.

On m’avait souvent dit que la linguistique et l’informatique étaient intimement liés, et j’en ai eu la preuve! Heureusement, et pour ma plus grande satisfaction, je suis parvenu à mes fins plus souvent qu’autrement. Suivant les conseils de mon professeur, j’ai entamé il y a deux semaines une phase de vérification intensive : toutes les données relevées jusqu’à maintenant doivent être revues et corrigées, s’il y a lieu. Je vous admets n’avoir jamais eu aussi hâte de passer à une autre étape qu’en ce moment!! Bon… je pense qu’une certaine fatigue est un peu normale, après deux mois de dépouillement.

Mon prochain billet sera pour la semaine de la rentrée. Une nouvelle session qui commence, avec son lot de cours très différents de ce que j’ai fait jusqu’à présent. J’avoue m’ennuyer un peu d’être sur les bancs d’école, et j’ai hâte à la fin août!

J’ai donné mes oreilles à la science!

Par Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

PaysageLes domaines de la linguistique sont nombreux, et bien que je me passionne pour la phonétique, plusieurs autres m’intéressent. La discipline peut s’intéresser à la diffusion sociale de certains phénomènes de langue, aux processus mentaux menant à la production de parole, aux pathologies du langage, à la syntaxe des phrases, aux problèmes d’orthographe chez les jeunes… D’ailleurs, plusieurs personnes, après un Baccalauréat en enseignement du français ou en langues modernes, optent pour une Maîtrise en linguistique portant souvent sur des thématiques liées à l’enseignement.

Cette semaine, j’ai eu l’occasion de participer à une étude qui servira à certains étudiants à la maîtrise en linguistique à l’UQAC, le Projet French (financé par le CRSH). Elle est menée par le professeur Leif French, qui s’intéresse particulièrement aux aspects psycholinguistiques de l’acquisition des langues secondes et étrangères. On a demandé à des étudiants en linguistique, ayant déjà réussi un cours de phonétique, de se prêter à un test de perception destiné à évaluer certains aspects de l’aisance à l’oral chez des allophones en situation d’immersion en français langue seconde.

C’était la deuxième étude à laquelle je participais. Sachant que je correspondais au profil de juge recherché, j’ai fait savoir mon intérêt aux responsables. Ainsi, lundi, je me suis retrouvé à nouveau dans une salle de classe avec plusieurs autres étudiants. La tâche était perceptive : nous devions utiliser plusieurs échelles pour donner une appréciation générale de la qualité du français oral des locuteurs et des locutrices allophones dont la parole a été enregistrée pour cette étude.

Après trois séances de plusieurs heures d’écoute, je dois vous dire que l’expérience a été plus difficile que prévu, mais fort intéressante. Me dirigeant vers la recherche, je me trouverai plus souvent qu’autrement du côté de ceux qui enquêtent. Je tenais à savoir comment on se sent quand on participe à une étude comme témoin. Il faut dire qu’en sciences humaines, on n’étudie pas des molécules, des plantes ou la composition des sols, mais bien nos propres congénères. Il faut toujours garder à l’esprit que nous travaillons sur nous-mêmes, et il peut être bon, pour mieux concevoir nos futures études, de se mettre dans la peau de ceux qui y participeront.

Je me suis aussi rendu compte, contrairement à ce que je croyais, qu’il n’est pas facile de porter un jugement « objectif » sur la parole d’une personne. Tant de facteurs entrent en ligne de compte! La perception est fascinante. L’exercice m’a fait devenir très conscient des lacunes dans mon jugement de l’imperfection de mes impressions. Bien sûr, c’est pour cette raison qu’on fait appel à une multitude de juges! Mais dans la salle de classe, pendant le test de perception, je ne pensais qu’aux possibles biais dans mes évaluations. Difficile de ne se concentrer que sur les paramètres accentuels de la voix en ignorant les erreurs (nombreuses) dans le discours!

J’en ressors plus au courant de ce que ressentent les témoins d’une étude! Et j’ai le sentiment d’avoir contribué à la science… bon, d’une façon modeste, mais tout de même! Si vous avez l’occasion de participer à une étude, saisissez-la!

Entendre tous ces accents, et surtout constater l’amélioration spectaculaire des sujets entre leur arrivée au Saguenay et leur départ, m’a fait repenser à ma propre expérience d’immersion, vécue en Italie en 2012-2013. Je garde d’excellents souvenirs de mon passage dans une école de langue. Je suis arrivé beaucoup moins à l’aise en italien que je ne l’étais à mon départ. Quant à mon accent, puisque j’ai appris la langue à Rome, c’est l’accent romain que j’ai pris… je suis une éponge dans le domaine. Et il est stupéfiant de constater que plusieurs des sujets entendus lors de l’étude adoptent des traits de prononciation québécois après seulement cinq semaines d’immersion!

Je vous laisse sur une photo d’Italie, car je suis un peu nostalgique de cette époque… chose sûre, l’apprentissage de l’italien m’aura aidé pour de nombreuses déductions linguistiques!

Un été qui commence au laboratoire de phonétique!

appareil acoustiquePar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Bon début d’été à tous! Alors que les températures se réchauffent, il en va de même pour mes neurones. Après avoir profité du mois de mai pour une escapade de quelques semaines en Italie, je suis de retour au Saguenay avec une excellente nouvelle : j’ai obtenu une bourse d’initiation à la recherche remise par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FRQSC). On comprendra aisément à la lecture de mes autres billets que c’est dans le domaine de la phonétique que j’ai choisi de me lancer en recherche cet été. Je vous avais d’ailleurs déjà fait mention de cette bourse dans mon dernier message. Je réitère l’invitation que j’avais alors lancée: sachez que cette bourse est ouverte à tous les étudiants de premier cycle ayant un bon dossier scolaire et une bonne collaboration avec l’un de leurs professeurs et concerne toutes les disciplines des arts, des lettres et des sciences humaines. Une occasion à saisir si la maîtrise vous intéresse, car c’est une excellente façon d’en avoir un avant-goût!

Depuis quelques jours, c’est au laboratoire de phonétique expérimentale de l’UQAC, dont je vous avais déjà un peu parlé, que je passe plusieurs heures quotidiennement à découper des segments vocaux et à faire des analyses grâce à un logiciel permettant de voir diverses représentations du signal sonore. En quoi ça consiste? J’enfile les écouteurs et je me coupe du monde pour un moment : je me fie à mes oreilles et à mes yeux pour tenter de trouver des unités plus petites dans les suites sonores dont je dispose. Ces dernières sont issues d’un corpus mis sur pied par le professeur Vincent Arnaud et ses étudiantes en 2011 dans le cadre d’un projet de recherche sur les caractéristiques acoustiques des voyelles orales du français québécois. Les enregistrements effectués pour ce corpus servent de base à plusieurs recherches en phonétique menées depuis trois ans à l’UQAC. En observant les ondes et en écoutant les mots prononcés par les locuteurs et les locutrices, j’arrive à isoler les voyelles qu’ils contiennent et je peux alors en extraire des informations précieuses qui me serviront à tirer des conclusions sur l’état de nos façons de parler.

Je profite donc de ce corpus gigantesque pour mener mon projet. Pour l’instant, tout ça est très nouveau et très excitant. Pour pouvoir procéder aux analyses, il a fallu que je me remette à la physique : il faut avouer que la phonétique est une discipline très quantitative de la linguistique, qui permet de jumeler sciences humaines et sciences pures. J’ai beaucoup aimé la physique au secondaire, mais il va falloir que je me dépoussière le cerveau progressivement pour me souvenir de plusieurs notions. Ce sera la même chose pour les mathématiques, qui me serviront abondamment, notamment pour les statistiques dont j’aurai besoin. C’est là tout un univers que j’avais délaissé depuis quatre ans.

Le travail au labo est un peu solitaire pour l’instant, mais les choses vont s’accélérer en juillet. En attendant, l’université est loin d’être en dormance pendant l’été, puisque la session estivale est en cours et de nombreux étudiants étrangers fréquentent l’École de langue française de l’UQAC. Il y a une ambiance très dynamique qui me donne le goût d’aller à l’université tous les jours, même si ce n’est pas pour suivre des cours! Et puis, de toute façon, j’apprends énormément en faisant cette recherche.

Je n’ai obtenu pour l’instant que des résultats très fragmentaires, mais je ressens déjà une grande fébrilité quand je déniche un indice qui confirme mes hypothèses ou quand je lis (car il faut aussi beaucoup lire… j’ai plusieurs centaines de pages à parcourir pour me faire une tête sur l’état de la question dont je traite!) quelque chose qui apporte une lumière nouvelle sur mes constatations. Il y a quelque chose de très beau à voir ses efforts récompensés quand on recopie ses données dans un tableur et qu’on voit apparaître graphiques et statistiques, ces indices précieux qui viennent vraiment faire parler les chiffres. Ce n’est peut-être pas un plaisir pour tout le monde, mais je me sens à ma place!

Je me replonge dans la phonétique. En attendant le prochain billet, je vous souhaite un excellent mois de juin partagé entre petits plaisirs et repos bien mérité!