Archives pour l'étiquette phonétique

La linguistique pour tous

La linguistique et ses méthodes

Cet après-midi, une discussion que j’ai eue avec ma grand-mère m’a fait réaliser à quel point j’ai fait du chemin en linguistique depuis le début de mon baccalauréat. Et aussi à quel point il serait intéressant qu’on l’enseigne dans nos écoles, au même titre que la littérature…

Dans ma famille, quand on a une question sur la langue, on se réfère souvent à moi : je suis la ressource principale et on se fie à mon avis. Il m’est toutefois difficile d’analyser les phénomènes qu’on me propose sans repartir des bases avec mes interlocuteurs. En effet, même si on parle quotidiennement notre langue, elle demeure mystérieuse pour bien des gens (et un peu pour moi aussi, mais je ne ferais pas de science si je savais tout!).

La question de départ de ma grand-mère était toute simple : « Est-ce qu’on doit prononcer obstiner avec un b ou bien sans b? »

Il faut savoir qu’il est très difficile de se positionner dans ce genre de débats quand on étudie en linguistique. La véritable réponse, c’est que ce n’est pas à moi de décider et qu’il n’y a pas vraiment de « devoir » de prononciation qui tienne. La langue, c’est une affaire de normes : si la société considère qu’une forme linguistique est plus valide qu’une autre, elle sera valorisée et connotée positivement. Dans le cas présent, je sais qu’il y a de la variation : je prononce bel et bien obstiner avec un b (bien que ce n’en soit pas un techniquement, mais entendons-nous là-dessus), alors que beaucoup d’autres prononcent ostiner. À l’image de ma grand-mère, j’ai le sentiment que la variante obstiner est peut-être un peu plus « standard » que ostiner. Mais expliquer ce sentiment d’un point de vue scientifique est difficile et demande des bases théoriques que ma grand-mère n’a pas.

Je lui réponds donc qu’il n’y a pas de meilleure prononciation qu’une autre, du moins linguistiquement parlant, et je commence par expliquer qu’il y a une différence entre l’orthographe d’une langue et sa prononciation. Les points d’interrogation naissent dans son regard. Son conjoint sort le dictionnaire de l’étagère, question de vérifier qu’il y a bel et bien un b dans obstiner (c’est peut-être bien la preuve qu’il prononce ostiner…). Je sens que je ne parle pas le même langage que mes interlocuteurs.

Dans l’objectif d’avoir une discussion fructueuse où tous peuvent s’entendre sur les prémisses, je remonte alors un peu en donnant un exemple : je leur dis qu’on ne prononce pas le g et le t de doigt, même si on les écrit. Ils sont d’accord. Alors, je me dis qu’il serait utile de revenir à l’origine de ce mot pour leur faire comprendre comment l’orthographe et la prononciation sont différents.

Jusqu’à maintenant, j’ai appuyé ma réflexion sur ce que j’ai vu dans mes cours de sociolinguistique, de phonétique et d’histoire du français. Il faut alors que j’aborde la linguistique historique. Je leur parle du proto-indo-européen, cette langue dont on postule l’existence alors qu’on n’en a pas de preuves écrites et qui serait l’ancêtre du latin, du grec et du sanskrit, une ancienne langue parlée en Inde. Je sens que le sujet intéresse ma grand-mère et son conjoint, qui se demandent bien comment on peut reconstruire une langue sans avoir accès à son orthographe.

Je m’enfonce donc davantage dans l’explication : à partir des langues-filles, qui sont issues d’un parent commun, on peut reconstituer un portrait relativement fidèle de la langue-mère. C’est un peu comme n’avoir aucune photo de son grand-père et se le faire décrire par comparaisons (« Il avait le nez de ton frère, les yeux de ta mère et les mêmes cheveux roux que ta tante! »). On a alors une bonne idée de ce à quoi ressemblait l’aïeul.

Le dictionnaire est resté sur la table. Je m’en saisis, j’ouvre la page de la carte du monde et j’indique à ma grand-mère et à son conjoint l’origine présumée du peuple qui parlait cette langue ancienne, le proto-indo-européen : c’est dans les steppes de la Russie qu’il aurait vécu. De là, ils se seraient répandus en Inde comme en Europe, ce qui expliquerait les similitudes entre les langues de ces deux régions du monde, bien qu’elles soient géographiquement très éloignées.

Je finis par en revenir au cas d’obstiner. Je réitère qu’il n’y a pas de réponse au dilemme : qu’on dise obstiner ou ostiner, le sens est clair et tout le monde comprend, alors il n’y a pas d’obstacle à la communication et aucune raison purement linguistique ne permet de favoriser une forme plutôt qu’une autre. Je vois que sans être tout à fait convaincus, mes interlocuteurs ont au moins réussi à considérer le problème sous un autre angle. Ils me disent alors qu’ils n’ont jamais envisagé que l’on pouvait parler de la langue de cette façon.

Tant de facteurs ont eu une influence sur la façon dont nous parlons aujourd’hui que c’en est étourdissant! C’est aussi ce qui fait la beauté de mon champ, selon moi. Et ce qui fait en sorte qu’on devrait l’enseigner pendant la formation générale des enfants. Au secondaire, pourquoi pas? Une réflexion sur l’orthographe et la prononciation peut certainement aider à faire comprendre certaines des importantes divergences qui existent entre les deux… De même, l’histoire du français permet d’établir des liens entre des mots dont la forme est aujourd’hui différente, mais qui proviennent du même endroit. Je suis persuadé que cette approche ferait s’illuminer des visages… J’aurais été le premier à adorer ça!

 

Retour aux sources

Analyse dans le logiciel d'acoustique Praat

Me revoici après la pause du temps des fêtes. J’espère que vous en avez passé un aussi bon que moi – j’ai enfin réussi à décrocher de mes responsabilités pendant quelques jours! J’étais donc fin prêt à recommencer l’université au début du mois de janvier. Nouvelle session, nouvelles possibilités : on m’a approché pour plusieurs contrats, ce qui me permettra d’œuvrer dans différents domaines au cours des prochains mois. J’aime beaucoup varier ce que je fais : ça me permet d’en apprendre sur une foule de sujets et de ne pas m’ennuyer. J’accorde beaucoup d’importance à la polyvalence, puisque je me destine à de longues études aux cycles supérieurs et que je sens que je perdrai de vue, tôt ou tard, l’étendue des possibilités offertes par la linguistique. Mieux vaut, donc, accumuler de l’expérience pendant qu’il en est encore temps, question de ne pas s’encarcaner dans une seule sphère extrêmement spécialisée.

J’aurai donc l’occasion de faire de l’aide en français, de travailler sur le métalangage, de fouiller dans des archives, de corriger des examens et de bloguer pour l’UQAC. Mais cette session m’amènera aussi à préparer une communication scientifique avec une condisciple. J’avais déjà goûté, en septembre, aux joies et aux défis liés aux présentations orales devant des spécialistes. Cette fois, ma collègue et moi participerons à un colloque de linguistique, soit les Journées de linguistique (dont j’ai déjà parlé puisque j’y avais assisté à titre d’observateur l’an dernier!). Nous y présenterons les résultats d’une recherche en phonétique que nous sommes en train de mener.

Pour aller chercher de nouvelles données, puisque la thématique dont nous traitons n’a rien à voir avec celle sur laquelle j’ai travaillé pendant l’été, nous devons retourner au corpus de parole lue du laboratoire de phonétique. Youpi! J’avais hâte de manipuler à nouveau ces enregistrements et de me réexercer à segmenter la parole (car c’est tout un art!). Cela me permet aussi de me pratiquer en vue d’un travail long que j’aurai à faire pour le cours de phonétique expérimentale, qui me demandera une analyse du même type (je vous mets le lien vers le descriptif du cours au bas de ce billet!).

Travailler en collaboration avec une autre étudiante est quelque chose de très motivant. Ça rompt un peu la monotonie de l’analyse en solitaire et ça permet de collaborer sur les cas plus difficiles. Jusqu’à maintenant, nos tâches se déroulent bien. J’ai très hâte de voir nos résultats!

L’équipe des Journées de linguistique devrait nous donner des nouvelles sur notre participation au cours des prochaines semaines. Nous croisons les doigts!

Bon début de session à tous!

Cours de phonétique expérimentale

De l’analyse de la parole à la prise de parole : une première communication

PrésentationPar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

C’est fait!

Mais quoi donc, direz-vous?

J’ai franchi une étape importante vendredi dernier, alors que, répondant à l’invitation du Laboratoire de phonétique de l’Université Laval, je me suis rendu à Québec pour présenter une partie du travail que j’ai accompli cet été. Trente minutes de présentation devant un public d’experts : assez impressionnant quand on fait ses premiers pas dans un domaine!

Il faut dire que je savais depuis la fin juillet que j’allais faire cette communication. Le sujet, soit la programmation en phonétique, était assez technique, et j’avais bien peur de ne pas savoir le rendre intéressant. Il a fallu que je retravaille ce que j’allais présenter, c’est-à-dire des scripts permettant d’exécuter certaines actions plus rapidement dans Praat, le logiciel dont se servent la majorité des spécialistes de l’analyse de la parole. Après les avoir peaufinés et rendus compréhensibles à l’œil externe, je les ai arrangés dans un PowerPoint… Concevoir une série de diapositives qui soit à la fois pertinente, intéressante et assez succincte est un défi de taille!

Heureusement, les conseils de mon superviseur m’ont guidé dans la mise sur pied d’un diaporama satisfaisant. Il ne me restait plus qu’à apprendre à maîtriser mon sujet, ce qui est plus facile à dire qu’à faire! Comprendre et expliquer sont deux choses fort différentes. Je devais rendre mes scripts accessibles à mon public. Un bon exercice, surtout pour moi, qui ai souvent de la difficulté à vulgariser.

Après sept ou huit séances de monologue au labo, je suis parvenu à respecter le temps alloué et j’ai pratiqué ma présentation devant mon superviseur. C’est peut-être ce qui a été le plus stressant : un face-à-face avec quelqu’un qui cherche à rendre votre exposé parfaitement clair! Heureusement, j’ai la chance d’être guide dans un musée, et les nombreuses visites guidées que j’ai animées m’ont donné un gros avantage pour ce qui est de l’aisance en public!

Le 19 septembre est donc arrivé à toute allure, et il a été temps de prendre la route pour Québec. Dans l’auto, le stress montait peu à peu. Arrivée à l’Université Laval vers 10h30, rencontre avec l’équipe du laboratoire, dîner commun, puis présentation à 13h30. Outre faire l’expérience d’une présentation, la journée m’a permis de mieux connaître deux étudiantes au doctorat déjà passées par l’UQAC et la directrice du laboratoire. Après tout, c’est essentiel, car il existe une bonne collaboration entre les deux structures de recherche, et il me fallait m’intégrer.

Le mot de la fin : on n’insistera jamais assez sur le fait que, bien plus que la présentation en elle-même, ce sont les questions du public qui vous force à un grand effort de réflexion sur le vif. C’est toutefois un défi très enrichissant que d’y répondre le plus clairement possible!