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J’ai donné mes oreilles à la science!

Par Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

PaysageLes domaines de la linguistique sont nombreux, et bien que je me passionne pour la phonétique, plusieurs autres m’intéressent. La discipline peut s’intéresser à la diffusion sociale de certains phénomènes de langue, aux processus mentaux menant à la production de parole, aux pathologies du langage, à la syntaxe des phrases, aux problèmes d’orthographe chez les jeunes… D’ailleurs, plusieurs personnes, après un Baccalauréat en enseignement du français ou en langues modernes, optent pour une Maîtrise en linguistique portant souvent sur des thématiques liées à l’enseignement.

Cette semaine, j’ai eu l’occasion de participer à une étude qui servira à certains étudiants à la maîtrise en linguistique à l’UQAC, le Projet French (financé par le CRSH). Elle est menée par le professeur Leif French, qui s’intéresse particulièrement aux aspects psycholinguistiques de l’acquisition des langues secondes et étrangères. On a demandé à des étudiants en linguistique, ayant déjà réussi un cours de phonétique, de se prêter à un test de perception destiné à évaluer certains aspects de l’aisance à l’oral chez des allophones en situation d’immersion en français langue seconde.

C’était la deuxième étude à laquelle je participais. Sachant que je correspondais au profil de juge recherché, j’ai fait savoir mon intérêt aux responsables. Ainsi, lundi, je me suis retrouvé à nouveau dans une salle de classe avec plusieurs autres étudiants. La tâche était perceptive : nous devions utiliser plusieurs échelles pour donner une appréciation générale de la qualité du français oral des locuteurs et des locutrices allophones dont la parole a été enregistrée pour cette étude.

Après trois séances de plusieurs heures d’écoute, je dois vous dire que l’expérience a été plus difficile que prévu, mais fort intéressante. Me dirigeant vers la recherche, je me trouverai plus souvent qu’autrement du côté de ceux qui enquêtent. Je tenais à savoir comment on se sent quand on participe à une étude comme témoin. Il faut dire qu’en sciences humaines, on n’étudie pas des molécules, des plantes ou la composition des sols, mais bien nos propres congénères. Il faut toujours garder à l’esprit que nous travaillons sur nous-mêmes, et il peut être bon, pour mieux concevoir nos futures études, de se mettre dans la peau de ceux qui y participeront.

Je me suis aussi rendu compte, contrairement à ce que je croyais, qu’il n’est pas facile de porter un jugement « objectif » sur la parole d’une personne. Tant de facteurs entrent en ligne de compte! La perception est fascinante. L’exercice m’a fait devenir très conscient des lacunes dans mon jugement de l’imperfection de mes impressions. Bien sûr, c’est pour cette raison qu’on fait appel à une multitude de juges! Mais dans la salle de classe, pendant le test de perception, je ne pensais qu’aux possibles biais dans mes évaluations. Difficile de ne se concentrer que sur les paramètres accentuels de la voix en ignorant les erreurs (nombreuses) dans le discours!

J’en ressors plus au courant de ce que ressentent les témoins d’une étude! Et j’ai le sentiment d’avoir contribué à la science… bon, d’une façon modeste, mais tout de même! Si vous avez l’occasion de participer à une étude, saisissez-la!

Entendre tous ces accents, et surtout constater l’amélioration spectaculaire des sujets entre leur arrivée au Saguenay et leur départ, m’a fait repenser à ma propre expérience d’immersion, vécue en Italie en 2012-2013. Je garde d’excellents souvenirs de mon passage dans une école de langue. Je suis arrivé beaucoup moins à l’aise en italien que je ne l’étais à mon départ. Quant à mon accent, puisque j’ai appris la langue à Rome, c’est l’accent romain que j’ai pris… je suis une éponge dans le domaine. Et il est stupéfiant de constater que plusieurs des sujets entendus lors de l’étude adoptent des traits de prononciation québécois après seulement cinq semaines d’immersion!

Je vous laisse sur une photo d’Italie, car je suis un peu nostalgique de cette époque… chose sûre, l’apprentissage de l’italien m’aura aidé pour de nombreuses déductions linguistiques!

Un été qui commence au laboratoire de phonétique!

appareil acoustiquePar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Bon début d’été à tous! Alors que les températures se réchauffent, il en va de même pour mes neurones. Après avoir profité du mois de mai pour une escapade de quelques semaines en Italie, je suis de retour au Saguenay avec une excellente nouvelle : j’ai obtenu une bourse d’initiation à la recherche remise par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FRQSC). On comprendra aisément à la lecture de mes autres billets que c’est dans le domaine de la phonétique que j’ai choisi de me lancer en recherche cet été. Je vous avais d’ailleurs déjà fait mention de cette bourse dans mon dernier message. Je réitère l’invitation que j’avais alors lancée: sachez que cette bourse est ouverte à tous les étudiants de premier cycle ayant un bon dossier scolaire et une bonne collaboration avec l’un de leurs professeurs et concerne toutes les disciplines des arts, des lettres et des sciences humaines. Une occasion à saisir si la maîtrise vous intéresse, car c’est une excellente façon d’en avoir un avant-goût!

Depuis quelques jours, c’est au laboratoire de phonétique expérimentale de l’UQAC, dont je vous avais déjà un peu parlé, que je passe plusieurs heures quotidiennement à découper des segments vocaux et à faire des analyses grâce à un logiciel permettant de voir diverses représentations du signal sonore. En quoi ça consiste? J’enfile les écouteurs et je me coupe du monde pour un moment : je me fie à mes oreilles et à mes yeux pour tenter de trouver des unités plus petites dans les suites sonores dont je dispose. Ces dernières sont issues d’un corpus mis sur pied par le professeur Vincent Arnaud et ses étudiantes en 2011 dans le cadre d’un projet de recherche sur les caractéristiques acoustiques des voyelles orales du français québécois. Les enregistrements effectués pour ce corpus servent de base à plusieurs recherches en phonétique menées depuis trois ans à l’UQAC. En observant les ondes et en écoutant les mots prononcés par les locuteurs et les locutrices, j’arrive à isoler les voyelles qu’ils contiennent et je peux alors en extraire des informations précieuses qui me serviront à tirer des conclusions sur l’état de nos façons de parler.

Je profite donc de ce corpus gigantesque pour mener mon projet. Pour l’instant, tout ça est très nouveau et très excitant. Pour pouvoir procéder aux analyses, il a fallu que je me remette à la physique : il faut avouer que la phonétique est une discipline très quantitative de la linguistique, qui permet de jumeler sciences humaines et sciences pures. J’ai beaucoup aimé la physique au secondaire, mais il va falloir que je me dépoussière le cerveau progressivement pour me souvenir de plusieurs notions. Ce sera la même chose pour les mathématiques, qui me serviront abondamment, notamment pour les statistiques dont j’aurai besoin. C’est là tout un univers que j’avais délaissé depuis quatre ans.

Le travail au labo est un peu solitaire pour l’instant, mais les choses vont s’accélérer en juillet. En attendant, l’université est loin d’être en dormance pendant l’été, puisque la session estivale est en cours et de nombreux étudiants étrangers fréquentent l’École de langue française de l’UQAC. Il y a une ambiance très dynamique qui me donne le goût d’aller à l’université tous les jours, même si ce n’est pas pour suivre des cours! Et puis, de toute façon, j’apprends énormément en faisant cette recherche.

Je n’ai obtenu pour l’instant que des résultats très fragmentaires, mais je ressens déjà une grande fébrilité quand je déniche un indice qui confirme mes hypothèses ou quand je lis (car il faut aussi beaucoup lire… j’ai plusieurs centaines de pages à parcourir pour me faire une tête sur l’état de la question dont je traite!) quelque chose qui apporte une lumière nouvelle sur mes constatations. Il y a quelque chose de très beau à voir ses efforts récompensés quand on recopie ses données dans un tableur et qu’on voit apparaître graphiques et statistiques, ces indices précieux qui viennent vraiment faire parler les chiffres. Ce n’est peut-être pas un plaisir pour tout le monde, mais je me sens à ma place!

Je me replonge dans la phonétique. En attendant le prochain billet, je vous souhaite un excellent mois de juin partagé entre petits plaisirs et repos bien mérité!

Initiation à la recherche en linguistique

TableauPar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Il s’est écoulé plus d’un mois depuis mon dernier billet. Et la période de temps a paru particulièrement longue: la fin de session amène toujours son lot de soucis qu’il faut régler tous à la fois, mais on finit invariablement par s’en sortir!

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’une occasion qui m’a été offerte au mois de mars et qui m’a permis de faire une première incursion dans le monde de la recherche universitaire. J’ai été approché par une professeure en linguistique qui avait besoin d’un assistant de recherche pour une quinzaine d’heures (c’est le genre de choses susceptibles de vous arriver si vous vous faites remarquer des professeurs en linguistique). Les tâches demandées semblaient dans mes cordes et j’y ai vu un excellent moyen de découvrir les rouages de la recherche: j’ai donc accepté sans hésitation.

On m’a donc présenté le travail en question: depuis plusieurs années, la professeure et sa collègue de Montréal ont amassé une quantité de données phénoménales sur la didactique du français au primaire et au secondaire. Elles en sont désormais arrivées à l’analyse et à la préparation d’articles à publier: il leur fallait donc colliger leurs données sous forme de tableaux et obtenir des statistiques de toutes sortes pour être à même de quantifier les résultats obtenus dans le cadre de leur étude.

Si vous n’avez jamais travaillé avec Excel, je vous encourage tout de suite à essayer d’acquérir une base dans ce programme. De nombreuses ressources en ligne vous permettront d’apprendre les rudiments des fonctions et de la mise en page. Mes quelques connaissances en la matière se sont révélées très utiles, puisque j’ai eu à entrer dans Excel une liste de mots contenus dans des retranscriptions de plusieurs heures d’enregistrement réalisées dans des classes du primaire.

Cette première étape s’est déroulée sans autre anicroche qu’un certain mal de tête, corollaire d’une lecture difficile s’étalant sur plusieurs heures. Néanmoins, même s’il ne s’agissait pas de mon propre projet de recherche et que je n’en avais jamais entendu parler avant de commencer ce petit contrat, je me suis rapidement mis à faire des constats sur les données que je traitais: je remarquais que certains mots revenaient plus souvent que les autres dans le discours retranscrit, je faisais des hypothèses sur les causes de la rareté d’un tel autre mot, etc. Croyez-moi, il est assez excitant (et valorisant) de se rendre compte qu’on est en mesure de faire une analyse linguistique quand on a la chance d’exploiter un corpus de données.

Des dizaines de feuilles Excel plus tard, j’en étais à l’étape finale du travail: faire des calculs statistiques automatisés à partir des données insérées. Un vrai casse-tête, puisque je ne connaissais pas toutes les fonctions requises pour arriver au résultat escompté. L’équipe de recherche m’a aidé à y parvenir, mais il m’a également fallu une bonne dose de débrouillardise (il est toujours opportun de se rappeler qu’on a plus de ressources qu’on ne le soupçonne!).

Le travail complété, il a fallu revérifier depuis le début que tout avait bien fonctionné. Quelques erreurs s’étaient évidemment glissées dans les tableaux et dans les calculs depuis la saisie initiale des données.

Comme récompense, j’ai pu être l’un des premiers à lire la présentation des deux chercheuses et à voir leurs résultats concrets, qui étaient très intéressants.

En somme, l’expérience en a valu la chandelle, et le tout m’a permis de me faire connaître du département des Arts et lettres. Participer à un premier projet de recherche, c’est souvent un signe qu’on sera appelé à le faire à nouveau par la suite!

Le conseil que je vous donne, donc, est d’être attentifs en cours (je sais, vous croiriez entendre vos parents…!) et de ne pas hésiter à poser des questions et à explorer votre programme plus à fond en allant voir les professeurs individuellement. Certaines des rencontres que j’ai faites cette année m’ont vraiment permis de m’accrocher à la linguistique et de confirmer mon choix de programme: il faut parfois aller au-delà du contenu des cours pour parvenir à saisir toute l’étendue des possibilités offertes par son cursus!

Soit dit en passant, si vous êtes assistant de recherche pour un contrat ponctuel, votre salaire sera de 14$/h si vous êtes au baccalauréat. Intéressant!!

Alors que je termine cet article, je suis toujours dans l’attente d’une réponse par rapport à une bourse d’initiation à la recherche (tiens, tiens) pour laquelle j’ai postulée. Vous souvenez-vous de ma passion pour la phonétique? Cette bourse, offerte par le Fonds de recherche québécois sur la société et la culture, permet à un étudiant ayant complété au moins une année de baccalauréat à temps plein de s’initier à la recherche universitaire pendant l’été sous la supervision d’un professeur ou d’une professeure. Je vous encourage d’ailleurs vivement à y songer dès que vous aurez identifié les matières qui vous intéressent davantage: la préparation du dossier demande du temps!

Je vous remercie de m’avoir suivi pendant ce trimestre d’hiver 2014. Je serai de retour prochainement pour le blogue de l’UQAC, prêt à vous en apprendre toujours plus sur le monde de la linguistique!