Archives pour l'étiquette laboratoire

L’effeuilleur…

Par Alexis St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en chimie des produits naturels

Ne vous inquiétez pas, il ne s’agit ici de rien de louche! C’est qu’après avoir travaillé un temps sur HPLC (voir mon billet précédent), dans le cadre de mon emploi au laboratoire LASEVE, j’en suis maintenant à  oeuvrer sur un projet de mon cru. Je me suis déniché une plante intéressante et je me suis donné comme objectif d’en arriver à  l’isolation de quelques molécules pures d’ici la fin de mon baccalauréat. Et qui dit étude d’une plante dit récolte et séparation de ses parties! Ces jours-ci, je suis donc en train de méticuleusement arracher les feuilles des arbustes que je suis allé récolter la semaine dernière à  Québec: je me fais effeuilleur…

Tout a commencé avec un premier plant que j’ai ramené au laboratoire après une excursion à  Québec, il y a quelques semaines. J’avais ciblé cette espèce à  partir de quelques informations disponibles dans la Flore laurentienne quant à  des propriétés médicinales traditionnelles. Une revue de littérature m’a confirmé qu’elle avait été relativement peu étudiée par le passé. Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité!

Comment se déroule, en gros, une extraction typique sur une plante? Une fois les différentes parties à  étudier séparées, on met les échantillons en contact avec un solvant organique, le plus souvent chauffé, qui dissout peu à  peu la plupart des molécules intéressantes. Le solvant est ensuite évaporé, ce qui produit un extrait brut sous forme de poudre ou de pâte.

Généralement, on procède à  deux types de tests pour évaluer l’extrait. Le premier consiste à  utiliser les tests biologiques disponibles au laboratoire LASEVE (anticancer, anti-inflammatoire, antiviral, antibactérien, antioxydant et antifongique) pour voir si la plante possède une activité intéressante. Le cas échéant, il y a de fortes chances pour que le travail se poursuive.

L’autre test est un criblage phytochimique par chromatographie sur couche mince. Cela peut sembler compliqué, mais le procédé est plutàŽt simple. à€ la base d’une plaque de verre recouverte d’une poudre solide (le plus souvent du silice), on dépose de fines bandes des extraits à  analyser dissouts dans un peu de solvant, que l’on sèche. On place ensuite cette plaque verticalement dans un récipient contenant un peu de solvants (divers mélanges sont utilisés selon ce que l’on cherche), de manière à  recouvrir quelques millimètres de la base de la plaque. Par capillarité, les solvants remontent sur la plaque. Puisque toutes les molécules sont différentes, elles auront plus ou moins d’affinités avec les solvants et/ou le silice, et seront entraînées vers le haut de la plaque à  des vitesses variables. Une fois la migration du solvant complété, on utilise un révélateur pour faire apparaîte les produits. Le résultat peut ressembler à  ceci:

Chromatographie sur couche mince
Chromatographie sur couche mince

Puisque les produits montent tous sur la plaque à  des vitesses différentes selon leur structure chimique, ils apparaissent sous la forme de points ou de bandes distincts. Selon les révélateurs et les couleurs observées, on peut ainsi déterminer grossièrement ce que contient la plante, afin de planifier les étapes suivantes. C’est une manipulation que j’aime beaucoup, car les résultats peuvent être très esthétiques!

Bien sûr, plusieurs autres étapes suivent, mais je vous garderai tout ça pour une autre fois… D’autant plus que je n’en suis moi-même pas encore là !

Sur ce, passez une agréable suite d’été.

Foliairement vàŽtre,

Alexis