Archives pour l'étiquette Doctorat

Bouche et pensée

Bouche et pensée1Par Paul Kawczak, étudiant au Doctorat en lettres

J’abordais, dans un billet précédent, le sujet des colloques et des communications. Je traitais avant tout de la dimension scientifique des colloques. J’aimerais ici en évoquer la dimension humaine.

Il n’y a pas de recherche scientifique isolée. Toute activité de recherche s’inscrit au sein d’un effort collectif et d’une communauté, et chaque colloque est l’occasion de rencontrer les membres de cette communauté. Aussi, les moments des repas sont-ils presque aussi important que ceux des présentations et des discussions. Rarement les organisateurs d’un colloque omettent de prévoir un ou plusieurs dîner et soupers réunissant les participant-e-s. Le café et les viennoiseries constituent également des points essentiels d’un colloque réussi.

Les plaisirs de la chair, précisément mettent de la chair autour de l’os scientifique, aussi savoureux sa moelle soit-elle. Il n’y a pas d’intellect, aussi performant qu’il soit, qui soit insensible aux actes essentiels du boire et du manger. Nombreux sont les moments du corps que l’on garde tabous, notamment concernant les déchets et la sexualité. Mais l’alimentation est un acte social, et même l’acte corporel social par excellence. En mangeant ensemble, à l’occasion d’un colloque, les professionnels de l’intellect réaffirment leur corporalité et les joies de leur corps.

Aussi, me semble-t-il, ce n’est pas un hasard si certaines des discussions les plus intéressantes, certains des contacts les plus fermement établis lors d’un événement scientifique le sont autour d’une table. L’acte de manger, en réaffirmant l’existence et les joies du corps, réaffirme l’humain dans sa sociabilité première. Boissons et mets sont le terreau de la pensée !

Je terminerais en remarquant que, dans la vie d’un universitaire, les colloques sont les grands moment de la bouche. Bouche pour parler, bouche pour manger. La vie de l’esprit, de sa communauté, est scandée de ces moments de la bouche, le plus grand grand trou de notre corps, par lequel nous échangeons nos secrets à ceux du monde.

Non au surmenage!

Phot blog Paul_déc15Par Paul Kawczak, étudiant au Doctorat en lettres

The Guardian a récemment publié un article – lui-même rédigé à la suite d’un billet sur un blogue du Guardian consacré aux études supérieures – sur la détresse psychologique dans le monde académique, notamment celle affectant les doctorants. D’une part, cet article attire l’attention sur le fait qu’un nombre important d’étudiants au doctorat – non seulement au Royaume-Uni mais dans le monde entier – sont sujets à un stress élevé pouvant, dans certains cas, gravement affecter la santé mentale. D’autre part, on y constate qu’il existe, dans le monde académique, une culture de l’acceptation du surmenage. Le texte souligne que cette augmentation des exigences d’efficacité et de productivité sans considération pour l’équilibre mental de la personne n’est pas propre au monde universitaire mais également à celui du travail dans les sociétés occidentales.

Je profite donc de ce blogue pour réaffirmer certains principes élémentaires concernant le statut d’étudiant au doctorat qui est le mien :

  • Un doctorat ou une doctorante est une personne humaine qui en tant que tel, fondamentalement et indéniablement, a besoin d’une vie familiale et sociale.
  • La nuit est faite pour dormir et les fins de semaines pour se reposer. Il n’y a pas de recherche doctorale qui, normalement financée, ne puisse s’accomplir en 35 heures par semaine. La formation de personnes diplômées a un coût dont  les retombées sont toutefois immenses. La question de la masse de travail à accomplir est une question de financement, non une question de productivité. C’est une question politique.
  • L’accessibilité à une aide psychologique efficace est aussi une question de financement, aussi, donc, une question politique.
  • La perfection n’existe pas. Il faut faire ce que l’on peut avec ce que l’on a.
  • On ne devrait ne jamais, jamais, avoir honte de ses faiblesses, ni garder sa détresse pour soi.

–  On est pas là pour se faire engueuler (Boris Vian)

Dans la cour des plus grands encore

Doctorat infoPar Hugo Deschênes, étudiant au Doctorat en sciences et technologies de l’information

Changement de plan. Cet été fut une saison particulièrement chargée : beaucoup d’activités sociales et beaucoup d’études pour la complétion de ma maîtrise. Changement de plan par rapport à ce qui a été prévu : je ne vais plus en France, je reste au Québec. Pourquoi? Pour diverses raisons personnelles. Ce qui compte, c’est où je suis, là, maintenant. Je n’ai pas été en mesure de compléter ma maîtrise cet été, et j’ai débuté mon Doctorat en Sciences et technologies de l’information depuis fin août. Comment est-ce possible? Une entente a été conclue afin que je termine la rédaction de mon essai avant la fin de la présente session, tout en me permettant de commencer les cours de mon doctorat. Mais cette double admission n’est pas le sujet de mon blog aujourd’hui.

Ce que je veux vous jaser plutôt concerne le fait d’être rendu au Doctorat. Ce niveau d’études qui me parraissait si loin lorsque j’étais étudiant au baccalauréat. Ce niveau d’étudse qui me parraissait si complexe, et difficile à atteindre. Je m’y suis rendu. Non pas sans travail acharné, mais avec beaucoup de support de ma famille et de mes amis. Sans eux, sans doute que j’aurais arrêté plus tôt et que je serais présentement un développeur en informatique quelque part au Québec. Mais ce n’est pas le cas, je continu, je fonce.

C’est particulier l’effet que ça fait. Se lever le matin pour le début de la session, voir les nouveaux qui entrent. Pour la plupart, 19-20 ans, tout frais sorti du Cégep. Des étudiants stressés d’entrer dans la cour des grands, selon leur point de vue, provenant de partout au Québec et ailleurs dans le monde. J’en ai maintenant 25, et j’entre également dans la cour des grands, à nouveau. Mais mes collègues sont totalement différents; ce n’est pas tout à fait le même public. Je les vois, s’affairant à s’adapter dans un nouveau milieu, prenant goût à la vie universitaire. À l’ambiance familiale de l’UQAC. C’est fou comme le temps passe! Et moi? Je suis un peu comme eux. Stressé, mais avec une mentalité différente : l’expérience des études. Difficile de réaliser que j’entre dans une autre couche des études universitaires. Que j’y suis finalement arrivé. Les études ne m’auront pas seulement permis d’obtenir un diplôme, mais aussi de tisser des liens particuliers avec les gens qui m’entourent. Ce que je suis surtout reconnaissant avec tout ça, c’est l’ouverture d’esprit que j’ai acquis. Celui qui me permet d’échanger avec n’importe qui sur tous les sujets possibles. Après tout, lorsque l’on est rendu au Doctorat, nous sommes tous curieux. Avec une soif de connaissances. Et pour poursuivre, nous devons admettre que nous avons tous tort par moments, et que chaque personne que l’on croise nous apprend quelque chose. Et surtout, plus nous apprenons, plus nous réalisons que nous ne savons absolument rien.

Hugo