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Celui qui tient le crayon rouge

celuiquitientlecrayonrougePar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Les dernières semaines, je ne les ai pas tant passées à faire mes travaux scolaires qu’à corriger ceux des autres. En effet, la fin octobre rime avec la passation des premiers examens et avec la remise des premiers exercices notés. En outre, elle annonce aussi l’approche de la période d’inscription pour le trimestre d’hiver. Cette session-ci, je me suis attaqué à trois tâches de correction : les deux premières sont en lien avec un cours de linguistique. La troisième, la plus colossale sans doute, concerne un test d’admission à l’UQAC que doivent passer les étudiants qui n’ont pas fait l’épreuve uniforme de français (EUF) au Cégep.

C’est drôle, le simple fait d’évoquer la correction de cet examen d’entrée fait d’ordinaire sourire tous ceux qui en ont déjà eu une copie sous la main. Cet amusement est en partie lié à la nature de la tâche (les textes sont argumentatifs et je dois les corriger au plan de l’organisation des idées aussi bien qu’à celui de la qualité du français), mais l’est davantage aux délais impartis aux correcteurs pour achever la besogne : plus d’une centaine de copies, cinq semaines, trois correcteurs. À première vue, ça semble faisable (et bien sûr, ce l’est), mais il faut dire que le travail est difficile. Je dois d’abord lire chacun des textes en entier et y repérer les indices structurels fournis par l’étudiant. Le plan argumentatif se doit d’être clair, l’opinion sur la question aussi : les étudiants ont le choix entre trois sujets de débat concernant l’actualité ou des phénomènes de société. Au début, je n’étais pas très familier avec les questions, mais j’ai fini par les apprendre par cœur. Il faut être attentif au libellé des sujets, puisque certains textes les élargissent ou les restreignent. Après cette première lecture, je compte le nombre de mots, puis je relis, cette fois-ci en notant dans la marge chaque indice pertinent (argument, opinion, éléments de l’introduction, etc.). Enfin, une deuxième relecture s’impose pour évaluer la maîtrise du code écrit.

Ces tests constituent ma première expérience de correction. La grille que je dois suivre est extrêmement détaillée et englobe la quasi-totalité des cas de figure possibles, mais il se trouve toujours des étudiants pour écrire un texte qui constitue une exception au cadre prévu. Je me change alors en juge, et j’interprète le « texte de loi » qui m’est offert pour rendre une décision juste sur le travail examiné. Au fil des corrections, je me bâtis ainsi une jurisprudence : certains cas reviennent dans les copies, et je sais que je peux me référer à mes corrections précédentes pour régler une question litigieuse.

Depuis le début octobre, j’ai progressé au rythme d’environ 12 ou 13 copies par semaine. La correction est un exercice mental épuisant. Après deux heures, j’ai le cerveau qui cuit et je dois m’arrêter, ce qui me retarde. Avec les délais en tête, je ressens aussi un certain niveau de stress.

La majorité des textes est généralement d’une qualité acceptable qui correspond à ce qui est attendu, du moins au point de vue argumentatif; je dois avouer que la qualité du français me fait parfois sursauter. Néanmoins, d’un point de vue linguistique, les erreurs que je répertorie sont intéressantes : elles concernent parfois la cohérence textuelle, parfois l’orthographe d’usage (et celles-là m’intéressent particulièrement, parce qu’elles s’expliquent souvent par une écriture plus phonétique que normée), parfois les structures syntaxiques. Je repense à des cas vus en cours et je les vois exister dans la réalité. Je trouve que c’est plutôt formateur, puisque ça exerce mon esprit d’analyse.

Ce que je préfère corriger, c’est le vocabulaire : parfois, les mots employés appartiennent à un niveau de langue trop soutenu ou trop familier. Bien qu’ils constituent des erreurs, ces mots hors registre standard viennent rompre la monotonie inhérente à la tâche que je remplis. Il y a également d’excellentes trouvailles de la part des étudiants, de temps à autres.

Je vous avoue que ça fait un effet bizarre d’être celui qui tient le crayon rouge. Jusqu’à présent, dans ma vie, j’avais toujours été le corrigé; j’ai maintenant goûté, un peu, au rôle du correcteur. Dans une dizaine de jours, l’exercice sera fini. Il m’aura permis de me rendre compte de la difficulté de ce travail et de mieux comprendre ce que vit le professeur qui se prête à la correction bien plus souvent que moi.

Finalement, c’est quand même mon autre contrat de correction qui est le plus stimulant. J’ai déjà suivi le cours en question, et je me revois à la place des étudiants, confronté aux mêmes difficultés qu’eux. Après avoir passé une cartouche d’encre rouge complète pour le premier examen, je m’attends à un net progrès dans le travail pratique que j’ai maintenant entre les mains. Je trouve agréable de pouvoir suivre le parcours d’un groupe sur trois évaluations. Mon coup de cœur dans l’opération? Répondre aux petits commentaires que laissent certains étudiants sur leur copie.

Moi qui ai toujours pensé que je n’aimerais pas être prof, je me rends compte que ça pourrait m’intéresser…

«Comment…oups, COMBIEN!»

Par Suzie Tardif, étudiante au Baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement au primaire

Dernièrement, mes élèves me demandaient de nouveau une activité avec des saynètes. Ils avaient bien apprécié celle sur les procédés qui entravent le dialogue (voir article Quand art dramatique rime avec éthique). Je voulais en refaire, mais je ne savais pas quel sujet aborder dans celles-ci.

Puis, lors d’une période libre durant laquelle mes élèves peuvent s’acheter des surprises, j’ai entendu une jeune fille demander : « c’est comment pour une réglisse?».  Dès lors, j’ai su sur quoi aller porter mes saynètes: les erreurs verbales communes en français.

Le processus est bien simple: 

Une fois par semaine, je demande à  deux élèves de présenter une saynète portant sur une erreur verbale. Ces derniers ont 10 minutes pour se préparer. Ils doivent absolument dire ce qui est écrit sur les petits cartons que je leur remets, mais la créativité est de mise pour la mise en scène. Ils peuvent ajouter du texte ou de petites scènes. Voici un exemple de saynète:

Exemple Saynète

Une fois que les 10 minutes sont écoulées, mon duo de la semaine présente leur saynète aux autres élèves de la classe. Ceux-ci doivent trouver quelle est l’erreur commise. Une fois l’erreur trouvée, je donne quelques explications quant à  la règle de français se rapportant à  l’erreur.  Je m’assure  de corriger par la suite les élèves qui commettent les erreurs présentées dans le cadre des saynètes.

Dans le même ordre d’idées, «les arts sont essentiels pour la formation du jeune, de la même façon qu’ils sont indispensables à  la vitalité d’une société» (Marchand, 2006). Il importe d’en faire dans notre classe afin de rejoindre les élèves plus artistiques. «Les arts sont porteurs [
] de savoirs divers» (Marchand, 2006). Dans le cadre de cette activité, les arts permettent de transmettre une information de manière différente tout en amusant les élèves.

Je crois que ce qui est le plus formidable, c’est que mes élèves se corrigent entre eux depuis le début de cette activité. Un peu avant la semaine de relâche, j’ai entendu un jeune garçon dire à  son ami : « pas comment…COMBIEN!». 🙂 Quel plaisir d’entendre cela!

Référence:

Marchand, C. 2006. « à€ l’école des arts ». Vie pédagogique, nº141, novembre 2006, p.27. Montréal : ministère de l’à‰ducation, Direction générale des services éducatifs.