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Pouvez-vous répéter, que je transcrive?

Chambre sourde
Chambre sourde

Par Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Vous qui me lisez en ce moment avez appris l’alphabet à la petite école et êtes habitués à écrire et à comprendre des textes. Il est très probable que vous n’ayez jamais abordé la langue autrement qu’en la parlant et en l’écrivant avec comme objectif de communiquer des informations. C’est là que la linguistique intervient: si elle n’est pas complètement insensible au message global véhiculé par les combinaisons de mots, elle se concentre néanmoins plus naturellement sur les courroies de transmission que sont les langues et sur leurs composantes. Analyser les mécanismes qui permettent de communiquer de l’information et non l’information communiquée en soi, c’est absolument passionnant!

L’une des disciplines qui étudie la langue est la phonétique. Le mot vient du grec φωνή (phoni), qui signifie « voix ». C’est exactement ce que cette science se propose d’analyser: la parole humaine. C’est dans le cadre du cours de Phonétique et langue orale que j’ai découvert l’univers des sons du français. Mis à part rire des différents accents qui existent au Québec ou des différences entre le français de France et celui qu’on parle ici, je n’avais jamais vraiment réfléchi à la structure de la chaîne parlée. C’est pourtant ce que je fais constamment depuis que j’ai été initié à la phonétique.

L’alphabet que nous utilisons tous pour écrire a un grand défaut : il représente très mal les sons que nous produisons réellement quand nous parlons. En effet, pourquoi le son « an » peut-il s’écrire an/en/am/em, ou le son « e » e/eu/œ? Pire encore, le son « é » peut s’écrire ai/é/er/ée/ées/és/ay ou autres. C’est pourquoi les phonéticiens utilisent un système de signes spécial, l’Alphabet phonétique international (API), qui permet de transcrire tous les sons de toutes les langues du monde sans ambiguïté. C’est un avantage majeur! Les transcriptions phonétiques permettent d’enregistrer sur papier les productions orales de façon fidèle, sans que l’orthographe vienne rendre imprécis le compte-rendu des sons entendus. Vous voulez un exemple? Je prononce mon nom [ɡzavje] (par convention, on note les transcriptions entre parenthèses), mais certains le prononcent [ɛɡzavje] (le son [ɛ] correspond au ai de fait et le son [j] correspond au i « escamoté » de pion). Si on se contente d’écrire « Xavier », comment savoir ce qui a réellement été dit?

Pour apprendre à bien transcrire, la seule façon, c’est de s’entraîner. C’est ce que ce cours nous invite à faire : les travaux pratiques sont en fait des exercices de transcription dont la difficulté croît avec l’avancement de la session. Un défi stimulant!

Bien sûr, la phonétique ne se limite pas à la transcription. Jusqu’à maintenant (et nous n’en sommes qu’à la mi-session!), j’ai appris comment classifier toutes les voyelles du français, de même que les consonnes. Je peux identifier les différentes parties du larynx et de la bouche et je comprends les mécanismes physiologiques qui nous permettent de parler. Je sais maintenant ce qui différencie le langage humain du langage des autres animaux. En vérité, le champ de la phonétique est extrêmement large et offre toutes sortes de possibilités.

Ce que l’UQAC a de particulier, c’est une longue tradition dans le domaine de la phonétique. En dépit de sa taille relativement réduite, elle est dotée d’une chambre sourde et d’un laboratoire de phonétique expérimentale, où des professeurs et des étudiants aux cycles supérieurs font des recherches sur les sons du français. Entrer dans une chambre sourde, c’est vraiment une drôle d’expérience. De prime abord, ça ressemble à un bunker ou à un sous-marin. Une fois la lourde porte refermée, on se sent seul avec ses pensées. Il n’y a pas d’écho ni de bruit ambiant. Tout ce qu’on entend, c’est sa propre respiration et même le battement de son cœur. Impressionnant! Dans une pièce de ce genre, on peut enregistrer des locuteurs en s’assurant d’une qualité sonore exceptionnelle.

Si, auparavant, je me posais des questions sur l’existence humaine sous la douche matinale (ne le faisons-nous pas tous?), c’est désormais chose du passé. Maintenant, mon passe-temps favori à tout moment de la journée est de répéter des mots (en chuchotant ou pas!) pour essayer de comprendre comment je les prononce et quelles sont les caractéristiques spécifiques de mon français parlé. J’ai probablement l’air un peu fou aux yeux des autres passagers de l’autobus, mais ça me permet de comprendre beaucoup de choses.

Ce cours est réellement intéressant et a déjà laissé sa marque sur ma vie. Je prépare déjà un projet d’initiation à la recherche en phonétique pour l’été… C’est vous dire combien ça m’accroche! Il me sera aussi possible de pousser plus loin la découverte de cette science grâce au cours de Phonétique expérimentale.

Si un jour nous nous croisons, ne vous étonnez pas que je vous demande de répéter un mot ou une expression… C’est pour la transcrire mentalement et la comparer à ce que je dis moi-même! Une fois qu’on prend conscience de certaines variations, impossible de s’arrêter d’en chercher d’autres!

Page du cours Phonétique et langue orale
Page du cours Phonétique expérimentale
Laboratoire de phonétique expérimentale de l’UQAC

 

Démystifions la linguistique

Livre billesPar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Je suis un espion un peu spécial, pas comme les autres, parce que je me présente d’entrée de jeu : Xavier St-Gelais, étudiant en linguistique et langue française, à votre service! Je me joins avec plaisir à l’équipe de blogueurs étudiants de l’UQAC. Voici ce que je vous propose : vous serez mon MI6 et moi, votre James Bond. Je vous prêterai mes yeux et vous raconterai comment se passent les choses dans le monde « secret » de la linguistique. Mais d’abord, pour que vous sachiez à qui vous avez affaire, permettez-moi de vous donner un peu plus de détails sur mon parcours.

Je suis né à Chicoutimi il y a 20 ans dans une famille de musiciens. On m’a appris à aimer la musique classique très tôt : j’ai d’ailleurs commencé à jouer du cor français à 9 ans, ce qui est plutôt inhabituel. J’ai donc eu une formation musicale relativement tôt et j’ai développé une oreille acérée avec les années. Lorsque j’ai quitté le conservatoire, je me suis intéressé à d’autres instruments, surtout à l’harmonica. Pendant l’adolescence, c’étaient les Beatles et Supertramp qui faisaient vibrer ma corde musicale. C’est dans cette atmosphère un peu moins rigoureuse que j’ai essayé le piano, la guitare, le mélodica, la guimbarde, le djembé et la clarinette, sans pousser très avant mon apprentissage pour chacun d’entre eux. Avec des amis, j’ai cherché à mettre cette polyvalence à profit. Nous avons composé quelques chansons. L’une d’entre elles m’a même mené à participer au concours Cégeps en spectacle en 2011, alors que j’étais en première année d’un DEC en sciences humaines. Outre la musique, j’ai également beaucoup écrit, j’ai fait de la photographie pendant plusieurs années et je me suis adonné au graphisme. Sans qu’il soit extrêmement flamboyant, j’ai un côté artistique fort développé!

Des parents soucieux de nous offrir, à mon frère et à moi, des vacances enrichissantes chaque été ont su faire naître en moi un grand amour de la découverte. D’innombrables voyages dans les Maritimes, en Ontario et en Nouvelle-Angleterre, jumelés à l’anglais intensif en 6e année, m’ont rendu débrouillard dans la langue de Shakespeare. Avec le Programme d’étude internationale, j’ai aussi été initié à l’espagnol. Toutefois, je n’ai jamais éprouvé d’élan de passion particulier pour ces deux langues. J’aimais surtout découvrir de nouveaux mots en français et écrire des phrases toujours plus alambiquées. Ça a été mon style pendant la majorité du secondaire, jusqu’à ce que je me découvre un certain sens de l’humour, que j’ai tenté de combiner à mon penchant pour l’écriture en produisant quelques parodies et textes drôles que je publiais sur un blogue. Ce n’est donc pas ma première expérience en tant que blogueur!

Je ne me suis jamais réellement senti intéressé par les matières vues à l’école jusque vers 18 ans. J’ai alors été attiré par la sociologie. C’est d’ailleurs par l’entremise d’un cours dans ce domaine que j’ai rencontré une Italienne… dont je suis tombé amoureux et que j’ai rejointe quelques mois plus tard! Coup de foudre pour la personne et pour le pays. Je me suis mis à apprendre l’italien par moi-même avant d’organiser un séjour linguistique de 9 mois à Rome entre la fin de mon cégep et mon inscription à l’université. Cette année hors du Québec m’a permis de devenir bilingue et de me rendre compte de ma passion pour l’histoire des mots : l’italien étant très proche du français, j’ai vite constaté qu’une bonne part du lexique moderne de cette langue ressemblait à d’anciens mots français et vice-versa. Par exemple, l’adjectif usuel quietoqui signifie « tranquille », fait penser au français inquiet… formé sur l’ancien français quiet, qui a le même sens que quieto. Vous pensez aussi à l’anglais? Et vous avez raison! Le français a eu une énorme influence sur cette langue au cours de son histoire.

Je n’ai eu cesse de me poser des questions sur l’origine des différences entre ma langue et l’italien et je suis revenu de ce périple avec la ferme intention de m’inscrire dans un programme relié aux langues. J’ai hésité entre la traduction et la linguistique avant d’opter pour cette dernière, sentant qu’elle me permettrait de poursuivre en recherche.

On peut se demander ce qui m’a amené vers la linguistique. Ma grand-mère croit que mon grand-père, Belge d’origine et professeur au Cégep de Jonquière dès son ouverture, m’a transmis son amour de cette discipline. Quand j’étais enfant, il me parlait wallon et me poussait à apprendre toujours plus et à m’intéresser aux faits de langue. Il est vrai que c’est un domaine dans lequel ont étudié plusieurs membres de ma famille. Néanmoins, ce qui m’a réellement poussé vers le Baccalauréat en linguistique et langue française à l’UQAC, outre à la position avantageuse de l’université, c’est le désir d’explorer ma langue plus profondément et d’en découvrir les moindres rouages.

Le programme, qui m’a fait découvrir la phonétique, la lexicographie, l’étymologie et l’histoire du français, la linguistique différentielle et la sociolinguistique, m’a enchanté dès le début et continue de m’émerveiller. Ce que la linguistique se propose de faire, c’est l’analyse scientifique du langage. Croyez-moi : si vous choisissez ce programme, on vous demandera ce qu’on y apprend. Et la réponse n’est pas simple. Ce qui est sûr, c’est que l’objectif n’est pas l’apprentissage de plusieurs langues. C’est plutôt de chercher à expliquer les mécanismes qui sont à la base de la communication humaine. D’où vient le sens et comment le construit-on? Quels sons peut-on produire? Quels sont les liens de parenté entre les langues? Comment parlait-on le français au temps de Louis XIV? La formation offerte à l’UQAC se concentre sur la langue française, mais les notions apprises sont applicables à toute langue.

Cette longue parenthèse me ramène à mon propos initial : je veux être votre espion. Parce que peu de gens savent ce qu’est la linguistique et parce que c’est une science qui mérite d’être connue. Elle se subdivise en une foule de domaines extrêmement intéressants que j’ai le plaisir de découvrir petit à petit pendant mes études. Je pense donc qu’il est important qu’on la démystifie, qu’on la rende accessible. Elle a le désavantage de n’être enseignée ni au primaire, ni au secondaire, ni dans la plupart des programmes collégiaux. Néanmoins, son objet d’étude, soit la langue, que nous utilisons tous dans toutes nos activités, est fondamentalement intéressant.

J’espère donc, à travers mes articles, vous faire voir combien la linguistique a à offrir et vous rapporter mon expérience au sein d’un programme fantastique, à dimension humaine, dans lequel il est facile de s’épanouir.

Je vous dis donc à très bientôt pour une prochaine chronique sur ce blogue!

Xavier