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Lectures, lectures, lectures

SociolinguistiquePar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

La rentrée est arrivée beaucoup plus vite que prévu, et avec son lot de responsabilités nouvelles! Entre travail à la rentrée, premiers cours, candidatures pour des emplois étudiants, lectures pléthoriques et travail à l’extérieur, je ne trouve que peu de temps pour moi depuis deux semaines. Cela dit, les 14 derniers jours me sont passé sous le nez très rapidement, ce qui ne me déplaît pas : j’aime à me tenir occupé pendant la session.

Ma recherche estivale se poursuit sous la forme du cours Recherche en linguistique. La partie « empirique » est plus ou moins terminée : les données sont récoltées, et c’est tant mieux. Maintenant, il faut que je m’attaque plus sérieusement à la littérature. Mon superviseur me voit déjà à la maîtrise et m’encourage à travailler sur ma méthodologie et à lire de façon assidue les textes qui fonderont éventuellement ma recherche pour un futur mémoire. J’ai donc un programme chargé pour les prochains mois! Néanmoins, ce cours est individualisé (on s’entend avec un professeur qui nous rencontrera plusieurs fois pendant la session et dirigera notre progrès). Il est donc hyper-personnalisé et j’en profite au maximum. Je le conseille absolument pour une troisième année, en guise d’initiation à ce que peut exiger une maîtrise en frais de rigueur.

Un « petit cours » s’ajoute à mes cinq cours de trois crédits pendant l’automne : il s’agit de Lectures fondamentales en linguistique. Jusqu’à la mi-session, notre petit groupe (une dizaine d’étudiants en linguistique – ambiance très intime!) doit présenter les grandes théories de la linguistique. Depuis la première semaine, je me noie donc un peu dans les textes fondateurs : d’abord Saussure (qui a jeté les bases d’une linguistique scientifique), puis Chomsky, puis Sapir et Whorf, suivis de Labov… C’est pour moi un premier contact avec un cours qui demande autant de travail sur des textes. Mon cerveau s’adapte peu à peu, mais les écrits des grands théoriciens sont souvent assez difficiles à comprendre. Heureusement, nos lectures incluent des vulgarisations de leurs propos de même que des critiques, car il faut présenter le meilleur et le pire de chaque théorie.

En parallèle, le cours de recherche me demande également de lire beaucoup, tout comme le cours d’analyse du discours. J’ai les yeux fatigués, mais la tête bien remplie!

Le mois de septembre s’annonce donc fort occupé pour moi. Après un été passé à gérer mon propre horaire, le choc est bien réel. Néanmoins, j’avance avec motivation dans le programme et je continue d’être passionné par les faits de langue.

Bon début de session à tous!

Graphiques, revérifications et littérature

book-and-glassesPar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

L’été passe plus vite que je ne l’aurais cru, bien que je passe le plus clair de mes journées dans les chiffres et les analyses. Heureusement, juillet a été un mois clément côté météo et j’en ai profité pour faire le tour des festivals avec des amis !

Mon superviseur est revenu il y a deux semaines au laboratoire de phonétique pour constater l’avancement des travaux et me donner un coup de main pour la suite. J’avoue l’avoir attendu avec beaucoup d’appréhension, en partie parce que je me sentais pris au dépourvu pendant son absence, en partie parce que j’avais hâte d’avoir son avis sur mes résultats. Quoique j’aie pu en penser à certains moments, j’ai abattu une bonne quantité de travail ces dernières semaines! Comme je m’y attendais, il va falloir que je m’attaque davantage à la littérature. J’aimerais bien que ce soit du Victor Hugo ou du Molière, mais il s’agit plutôt de sources scientifiques pas toujours très accessibles pour un étudiant de première année… Ce qui est certain, c’est que l’expérience que j’accumule en ce moment me sera très utile au moment de ma maîtrise, et sans nul doute dans plusieurs travaux au cours de mon baccalauréat.

Néanmoins, j’avoue avoir été (et être encore) un peu découragé devant certains écrits, notamment des études phonétiques des années 60 rapportées en anglais avec une terminologie un peu différente de celle qu’on utilise aujourd’hui et des allusions à des technologies qui n’existent plus ou qui ont évolué de façon stupéfiante. Mais si on ne s’informe pas sur ce qui a été fait auparavant, on ne peut pas tirer de conclusions valides. Après tout, mon projet est exploratoire, et j’ai encore bien peu de connaissances dans mon domaine. Il faut commencer quelque part!

Jusqu’à présent, la recherche estivale s’est révélée plus formatrice que n’importe quel cours auquel j’ai assisté pendant mes deux premières sessions, bien que j’aie reçu une formation d’une grande qualité. Être confronté à de nombreuses difficultés en même temps (devoir apprivoiser de nouveaux outils et une nouvelle terminologie, essayer de comprendre l’ordre logique dans lequel le relevé des données devrait se faire et autres casse-tête) m’a ouvert les yeux sur ce qui m’attend dans quelques années et m’a aussi poussé à puiser dans mes ressources.

Par exemple, le programme que j’ai utilisé pour mes analyses, Praat (qui est gratuit et très répandu dans le monde de la phonétique), possède son propre langage de programmation. On dit souvent que le meilleur moyen de rendre un processus efficace est de le confier à une personne paresseuse. J’ai certainement un petit côté paresseux : bien vite lassé de certaines manipulations répétitives, j’ai cherché à les automatiser à l’aide des possibilités offertes par Praat. J’avais fait un peu de programmation au secondaire et les notions apprises à l’époque se sont révélées très utiles.

On m’avait souvent dit que la linguistique et l’informatique étaient intimement liés, et j’en ai eu la preuve! Heureusement, et pour ma plus grande satisfaction, je suis parvenu à mes fins plus souvent qu’autrement. Suivant les conseils de mon professeur, j’ai entamé il y a deux semaines une phase de vérification intensive : toutes les données relevées jusqu’à maintenant doivent être revues et corrigées, s’il y a lieu. Je vous admets n’avoir jamais eu aussi hâte de passer à une autre étape qu’en ce moment!! Bon… je pense qu’une certaine fatigue est un peu normale, après deux mois de dépouillement.

Mon prochain billet sera pour la semaine de la rentrée. Une nouvelle session qui commence, avec son lot de cours très différents de ce que j’ai fait jusqu’à présent. J’avoue m’ennuyer un peu d’être sur les bancs d’école, et j’ai hâte à la fin août!

J’ai donné mes oreilles à la science!

Par Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

PaysageLes domaines de la linguistique sont nombreux, et bien que je me passionne pour la phonétique, plusieurs autres m’intéressent. La discipline peut s’intéresser à la diffusion sociale de certains phénomènes de langue, aux processus mentaux menant à la production de parole, aux pathologies du langage, à la syntaxe des phrases, aux problèmes d’orthographe chez les jeunes… D’ailleurs, plusieurs personnes, après un Baccalauréat en enseignement du français ou en langues modernes, optent pour une Maîtrise en linguistique portant souvent sur des thématiques liées à l’enseignement.

Cette semaine, j’ai eu l’occasion de participer à une étude qui servira à certains étudiants à la maîtrise en linguistique à l’UQAC, le Projet French (financé par le CRSH). Elle est menée par le professeur Leif French, qui s’intéresse particulièrement aux aspects psycholinguistiques de l’acquisition des langues secondes et étrangères. On a demandé à des étudiants en linguistique, ayant déjà réussi un cours de phonétique, de se prêter à un test de perception destiné à évaluer certains aspects de l’aisance à l’oral chez des allophones en situation d’immersion en français langue seconde.

C’était la deuxième étude à laquelle je participais. Sachant que je correspondais au profil de juge recherché, j’ai fait savoir mon intérêt aux responsables. Ainsi, lundi, je me suis retrouvé à nouveau dans une salle de classe avec plusieurs autres étudiants. La tâche était perceptive : nous devions utiliser plusieurs échelles pour donner une appréciation générale de la qualité du français oral des locuteurs et des locutrices allophones dont la parole a été enregistrée pour cette étude.

Après trois séances de plusieurs heures d’écoute, je dois vous dire que l’expérience a été plus difficile que prévu, mais fort intéressante. Me dirigeant vers la recherche, je me trouverai plus souvent qu’autrement du côté de ceux qui enquêtent. Je tenais à savoir comment on se sent quand on participe à une étude comme témoin. Il faut dire qu’en sciences humaines, on n’étudie pas des molécules, des plantes ou la composition des sols, mais bien nos propres congénères. Il faut toujours garder à l’esprit que nous travaillons sur nous-mêmes, et il peut être bon, pour mieux concevoir nos futures études, de se mettre dans la peau de ceux qui y participeront.

Je me suis aussi rendu compte, contrairement à ce que je croyais, qu’il n’est pas facile de porter un jugement « objectif » sur la parole d’une personne. Tant de facteurs entrent en ligne de compte! La perception est fascinante. L’exercice m’a fait devenir très conscient des lacunes dans mon jugement de l’imperfection de mes impressions. Bien sûr, c’est pour cette raison qu’on fait appel à une multitude de juges! Mais dans la salle de classe, pendant le test de perception, je ne pensais qu’aux possibles biais dans mes évaluations. Difficile de ne se concentrer que sur les paramètres accentuels de la voix en ignorant les erreurs (nombreuses) dans le discours!

J’en ressors plus au courant de ce que ressentent les témoins d’une étude! Et j’ai le sentiment d’avoir contribué à la science… bon, d’une façon modeste, mais tout de même! Si vous avez l’occasion de participer à une étude, saisissez-la!

Entendre tous ces accents, et surtout constater l’amélioration spectaculaire des sujets entre leur arrivée au Saguenay et leur départ, m’a fait repenser à ma propre expérience d’immersion, vécue en Italie en 2012-2013. Je garde d’excellents souvenirs de mon passage dans une école de langue. Je suis arrivé beaucoup moins à l’aise en italien que je ne l’étais à mon départ. Quant à mon accent, puisque j’ai appris la langue à Rome, c’est l’accent romain que j’ai pris… je suis une éponge dans le domaine. Et il est stupéfiant de constater que plusieurs des sujets entendus lors de l’étude adoptent des traits de prononciation québécois après seulement cinq semaines d’immersion!

Je vous laisse sur une photo d’Italie, car je suis un peu nostalgique de cette époque… chose sûre, l’apprentissage de l’italien m’aura aidé pour de nombreuses déductions linguistiques!