Tous les articles par Xavier St-Gelais

Je m’appelle Xavier St-Gelais et je suis étudiant en deuxième année au Baccalauréat en linguistique et langue française à l’UQAC. Ce programme me passionne et me fait apprendre une pléthore de choses nouvelles quotidiennement. Je suis chaque jour plus convaincu de mon choix et j’envisage déjà de poursuivre mon cheminement aux cycles supérieurs. La linguistique vaut vraiment la peine d’être découverte, et je me propose, à travers mes articles, de jeter la lumière sur cette science méconnue!

Retour aux sources

Analyse dans le logiciel d'acoustique Praat

Me revoici après la pause du temps des fêtes. J’espère que vous en avez passé un aussi bon que moi – j’ai enfin réussi à décrocher de mes responsabilités pendant quelques jours! J’étais donc fin prêt à recommencer l’université au début du mois de janvier. Nouvelle session, nouvelles possibilités : on m’a approché pour plusieurs contrats, ce qui me permettra d’œuvrer dans différents domaines au cours des prochains mois. J’aime beaucoup varier ce que je fais : ça me permet d’en apprendre sur une foule de sujets et de ne pas m’ennuyer. J’accorde beaucoup d’importance à la polyvalence, puisque je me destine à de longues études aux cycles supérieurs et que je sens que je perdrai de vue, tôt ou tard, l’étendue des possibilités offertes par la linguistique. Mieux vaut, donc, accumuler de l’expérience pendant qu’il en est encore temps, question de ne pas s’encarcaner dans une seule sphère extrêmement spécialisée.

J’aurai donc l’occasion de faire de l’aide en français, de travailler sur le métalangage, de fouiller dans des archives, de corriger des examens et de bloguer pour l’UQAC. Mais cette session m’amènera aussi à préparer une communication scientifique avec une condisciple. J’avais déjà goûté, en septembre, aux joies et aux défis liés aux présentations orales devant des spécialistes. Cette fois, ma collègue et moi participerons à un colloque de linguistique, soit les Journées de linguistique (dont j’ai déjà parlé puisque j’y avais assisté à titre d’observateur l’an dernier!). Nous y présenterons les résultats d’une recherche en phonétique que nous sommes en train de mener.

Pour aller chercher de nouvelles données, puisque la thématique dont nous traitons n’a rien à voir avec celle sur laquelle j’ai travaillé pendant l’été, nous devons retourner au corpus de parole lue du laboratoire de phonétique. Youpi! J’avais hâte de manipuler à nouveau ces enregistrements et de me réexercer à segmenter la parole (car c’est tout un art!). Cela me permet aussi de me pratiquer en vue d’un travail long que j’aurai à faire pour le cours de phonétique expérimentale, qui me demandera une analyse du même type (je vous mets le lien vers le descriptif du cours au bas de ce billet!).

Travailler en collaboration avec une autre étudiante est quelque chose de très motivant. Ça rompt un peu la monotonie de l’analyse en solitaire et ça permet de collaborer sur les cas plus difficiles. Jusqu’à maintenant, nos tâches se déroulent bien. J’ai très hâte de voir nos résultats!

L’équipe des Journées de linguistique devrait nous donner des nouvelles sur notre participation au cours des prochaines semaines. Nous croisons les doigts!

Bon début de session à tous!

Cours de phonétique expérimentale

La prénostalgie

Noël au laboratoire de phonétique

Par Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Ça y est, c’est la dernière semaine du trimestre! En fait, j’ai assisté à mon dernier cours hier. Maintenant, il ne me reste que trois examens et deux travaux longs à faire avant de pouvoir faire une croix sur la session d’automne 2014…

La fin de session entraîne chez moi un réflexe viscéral : celui de vouloir échapper à tout prix à l’étude (je finis quand même par en faire, rassurez-vous!). Au lieu de passer mes journées le nez dans mes livres, ce que je devrais probablement faire, je trouve toutes sortes de choses subitement intéressantes. C’est l’occasion de ressortir ma console de jeu un peu poussiéreuse, qui n’a pas servi du reste de l’année, ou d’être spontanément pris de passion pour les émissions de cuisine qui passent à 21 h.

Cela dit, cette année, bien que j’aie cédé à la tentation du divertissement maintes fois au cours des derniers jours, j’ai quand même réussi à atteindre un certain niveau de productivité. En fuyant devant l’étude, j’ai préféré opter pour quelque chose de plus actif : la rédaction de mes travaux de fin de session. Plus particulièrement, j’ai choisi de m’attaquer à mon travail de recherche.

Normalement, voyez-vous, je ne suis pas du genre à laisser un texte traîner. Lorsqu’il faut que je l’écrive, je le fais d’un coup, en quelques heures, peu importe la longueur demandée. Ça me permet de rester concentré. Or, comme le dit si bien l’une de mes professeures, un texte est fait pour être retravaillé (ce que j’ai rarement fait, je l’admets!). C’est bien la première fois que je suis confronté à cette réalité. Impossible d’écrire trente pages cohérentes sans prendre le temps de digérer l’information. J’ai commencé à coucher sur papier le fruit de mes réflexions à la mi-octobre, et voilà où j’en suis : 26 pages de texte, 4 pages de bibliographie et encore bien du plaisir en perspective. Heureusement, je ne suis pas très occupé malgré l’époque de l’année (si on fait abstraction de l’étude que je fuis…), et j’arrive à consacrer des journées entières à ce travail. Je me rends compte que les textes scientifiques que j’avais lus à l’été en vue de cette dissertation sont plus clairs quand je les lis aujourd’hui : c’est la preuve que j’ai compris des éléments et retenu la matière!

C’est donc en écoutant du funk obscur des années 80 que je laisse mes doigts courir sur les touches du clavier au gré de mon inspiration. J’entre alors dans une sorte d’état second, et tout ce que je fais devient un automatisme. Je me surprends même, parfois, à sentir mes pensées s’orienter sur autre chose que la tâche que je suis en train d’accomplir : ainsi, en rédigeant, le petit sapin de Noël du labo à côté de moi, ses guirlandes lumineuses clignotantes projetant une lueur chaude et tamisée sur mes mains qui s’agitent, je me mets à penser à l’impact de mon passage à l’université sur ma vie.

Vous connaissez la nostalgie? C’est un sentiment bien amer. Il en est un, toutefois, que je déteste davantage, et c’est la « prénostalgie », cette anticipation de la nostalgie à venir qui vous prend les tripes et qui vous empêche de profiter du moment présent. C’est peut-être moi qui ai le spleen facile, mais je suis souvent prénostalgique. Ces temps-ci, en pensant à tout le chemin accompli cette session, je me dis que je suis vraiment en train de vivre les plus belles années de ma vie. Et tout à coup, je m’imagine à 30 ans, mes études terminées, et je sens que j’aurai de la peine à ce moment-là. Ça me manquera de déambuler dans les corridors de l’université, de venir la fin de semaine, de descendre manger en vitesse à la cantine parce que je n’ai pas le temps de prendre un dîner consistant. De chercher des livres jaunis dans la section des PC au 2e étage de la bibliothèque et d’y dénicher des informations qui me surprennent. De monter au 4e étage, un peu stressé, en vue d’une rencontre avec un professeur. De collaborer avec d’autres étudiants sur des projets intéressants. De sentir que j’ai la confiance de mes superviseurs et de mes collègues.

Alors voilà, c’est ce qui me trotte dans la tête pendant que je rédige – et que je n’étudie pas. C’est au prix d’un effort considérable, d’ailleurs, que je vais m’empêcher de ressentir cette prénostalgie, ramasser mes affaires et ouvrir mes livres, question de ne pas être pris au dépourvu demain devant ma copie…

Bonne fin de session à tous! On se revoit à l’hiver. Pour ma part, j’ai bien hâte. Les cinq cours que j’ai choisis me motivent déjà!

Celui qui tient le crayon rouge

celuiquitientlecrayonrougePar Xavier St-Gelais, étudiant au Baccalauréat en linguistique et langue française

Les dernières semaines, je ne les ai pas tant passées à faire mes travaux scolaires qu’à corriger ceux des autres. En effet, la fin octobre rime avec la passation des premiers examens et avec la remise des premiers exercices notés. En outre, elle annonce aussi l’approche de la période d’inscription pour le trimestre d’hiver. Cette session-ci, je me suis attaqué à trois tâches de correction : les deux premières sont en lien avec un cours de linguistique. La troisième, la plus colossale sans doute, concerne un test d’admission à l’UQAC que doivent passer les étudiants qui n’ont pas fait l’épreuve uniforme de français (EUF) au Cégep.

C’est drôle, le simple fait d’évoquer la correction de cet examen d’entrée fait d’ordinaire sourire tous ceux qui en ont déjà eu une copie sous la main. Cet amusement est en partie lié à la nature de la tâche (les textes sont argumentatifs et je dois les corriger au plan de l’organisation des idées aussi bien qu’à celui de la qualité du français), mais l’est davantage aux délais impartis aux correcteurs pour achever la besogne : plus d’une centaine de copies, cinq semaines, trois correcteurs. À première vue, ça semble faisable (et bien sûr, ce l’est), mais il faut dire que le travail est difficile. Je dois d’abord lire chacun des textes en entier et y repérer les indices structurels fournis par l’étudiant. Le plan argumentatif se doit d’être clair, l’opinion sur la question aussi : les étudiants ont le choix entre trois sujets de débat concernant l’actualité ou des phénomènes de société. Au début, je n’étais pas très familier avec les questions, mais j’ai fini par les apprendre par cœur. Il faut être attentif au libellé des sujets, puisque certains textes les élargissent ou les restreignent. Après cette première lecture, je compte le nombre de mots, puis je relis, cette fois-ci en notant dans la marge chaque indice pertinent (argument, opinion, éléments de l’introduction, etc.). Enfin, une deuxième relecture s’impose pour évaluer la maîtrise du code écrit.

Ces tests constituent ma première expérience de correction. La grille que je dois suivre est extrêmement détaillée et englobe la quasi-totalité des cas de figure possibles, mais il se trouve toujours des étudiants pour écrire un texte qui constitue une exception au cadre prévu. Je me change alors en juge, et j’interprète le « texte de loi » qui m’est offert pour rendre une décision juste sur le travail examiné. Au fil des corrections, je me bâtis ainsi une jurisprudence : certains cas reviennent dans les copies, et je sais que je peux me référer à mes corrections précédentes pour régler une question litigieuse.

Depuis le début octobre, j’ai progressé au rythme d’environ 12 ou 13 copies par semaine. La correction est un exercice mental épuisant. Après deux heures, j’ai le cerveau qui cuit et je dois m’arrêter, ce qui me retarde. Avec les délais en tête, je ressens aussi un certain niveau de stress.

La majorité des textes est généralement d’une qualité acceptable qui correspond à ce qui est attendu, du moins au point de vue argumentatif; je dois avouer que la qualité du français me fait parfois sursauter. Néanmoins, d’un point de vue linguistique, les erreurs que je répertorie sont intéressantes : elles concernent parfois la cohérence textuelle, parfois l’orthographe d’usage (et celles-là m’intéressent particulièrement, parce qu’elles s’expliquent souvent par une écriture plus phonétique que normée), parfois les structures syntaxiques. Je repense à des cas vus en cours et je les vois exister dans la réalité. Je trouve que c’est plutôt formateur, puisque ça exerce mon esprit d’analyse.

Ce que je préfère corriger, c’est le vocabulaire : parfois, les mots employés appartiennent à un niveau de langue trop soutenu ou trop familier. Bien qu’ils constituent des erreurs, ces mots hors registre standard viennent rompre la monotonie inhérente à la tâche que je remplis. Il y a également d’excellentes trouvailles de la part des étudiants, de temps à autres.

Je vous avoue que ça fait un effet bizarre d’être celui qui tient le crayon rouge. Jusqu’à présent, dans ma vie, j’avais toujours été le corrigé; j’ai maintenant goûté, un peu, au rôle du correcteur. Dans une dizaine de jours, l’exercice sera fini. Il m’aura permis de me rendre compte de la difficulté de ce travail et de mieux comprendre ce que vit le professeur qui se prête à la correction bien plus souvent que moi.

Finalement, c’est quand même mon autre contrat de correction qui est le plus stimulant. J’ai déjà suivi le cours en question, et je me revois à la place des étudiants, confronté aux mêmes difficultés qu’eux. Après avoir passé une cartouche d’encre rouge complète pour le premier examen, je m’attends à un net progrès dans le travail pratique que j’ai maintenant entre les mains. Je trouve agréable de pouvoir suivre le parcours d’un groupe sur trois évaluations. Mon coup de cœur dans l’opération? Répondre aux petits commentaires que laissent certains étudiants sur leur copie.

Moi qui ai toujours pensé que je n’aimerais pas être prof, je me rends compte que ça pourrait m’intéresser…