Tous les articles par Paul Kawczak

Quand on me demande une biographie, je dis généralement que j’aime le saumon fumé et je m’arrête là. Mais cette fois-ci je vais essayer… Je suis né le 12 novembre 1986 – scorpion – à Besançon, au cœur du Vieux Continent. J’ai grandi, grandi, beaucoup rêvé, puis j’ai eu envie de faire des études. Elles m’ont conduit en Suède puis au Québec, à Chicoutimi où je vis toujours. J’y termine un doctorat en lettres, je travaille sur le roman d’aventures des années 1920-1930. Mes études s’achèvent et en y pensant bien, tout s’est bien passé. Pour l’anecdote, je suis rentré à l’université en m’inscrivant dans un programme de mathématiques-physique, j’en sors avec un doctorat en lettres ! C’est la vie et c’est pour le mieux ! En plus, je me suis mis à écrire…

Le bal paré

DSC_0246Par Paul Kawczak, étudiant au Doctorat en lettres

C’est une citation que tout étudiant en lettres est vite amené à rencontrer :

« […] un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. »

Elle est issue de Contre Sainte-Beuve de Marcel Proust, publié à titre posthume en 1954. Pour simplifier les choses, disons que Sainte-Beuve (1804-1869) proposait une méthode critique qui expliquait l’œuvre par la vie de son auteur. Une lecture minutieuse de ses écrits montre toutefois que sa vision de l’écriture et plus nuancée et plus proche de celle de Proust qu’il n’y paraît. Par ailleurs, l’idée d’un hiatus entre le moi social et le moi écrivain ne date pas de Proust. Pour Platon, déjà, le poète n’était pas l’auteur d’une œuvre qu’il écrivait sous la dictée des Muses.

Toutefois, la question que soulève cette citation intéresse le doctorant en lettres qui se pique d’écrire de la littérature (que je suis). L’institution littéraire universitaire impose à ses acteurs un code social relativement stricte, une police – au sens « d’ensemble de règles sociales » – qui régie ses rencontres formelles et ses différentes activités. Ce code relève avant tout d’un souci éthique. Il privilégie le respect, l’écoute, l’humilité, la retenue nécessaires au bon fonctionnement d’une communauté professionnelle et culturelle. Il règne en général, dans ces milieux, une civilité appréciable.

La littérature, elle, n’a que faire de cette police, sinon la considérer pour la bousculer. La littérature a une valeur de transgression. Il me semble donc que tout universitaire qui propose, avec humilité bien souvent, quelques morceaux d’écriture, expose aux autres, un peu de sa sauvagerie.

Je ne dis pas là qu’il est exclu pour autant, qu’il est renié. Pas du tout. Je dis qu’il y a là un moment intéressant, une lueur brute éclairant un salon tamisé. Une lueur qui brille au fond de l’œil de chacun des salonnards, pour laquelle ils sont là, et qui justifie leur grande civilité. C’est au bord du gouffre que l’on a besoin de s’accrocher du plus fort de ses forces. Le livre d’un universitaire, pourvu qu’il soit intéressant, est un corps nu dans un bal paré.

Arts ET Lettres

Photo Paul 2_A15Par Paul Kawczak, étudiant au Doctorat en lettres

J’ai plusieurs amis en arts. Je connais presque plus de monde dans le module des arts que celui des lettres. Il s’agit bien sûr de mon petit cas personnel – de goûts particuliers, de rencontres dues au hasard –, mais au-delà, ceci est symptomatique du département dans lequel j’étudie. Le département est celui des « arts et lettres » et cette réunion, à mon sens, est – et doit être – plus qu’administrative.

J’ai eu, à différentes reprises, l’occasion d’écrire sur des artistes de la région ou d’ailleurs. Non pas que je m’y connaisse particulièrement en histoire de l’art, mais mon parcours littéraire a développé chez moi une capacité à cristalliser certaines productions de l’esprit en mots qui me permettent de parler d’œuvres d’art d’une façon personnelle et littéraire peu commune dans la critique d’art régulière. De façon générale, tout étudiant en lettres amateur d’art peut apporter quelque chose de pertinent dans le domaine de la critique d’art. Il ne s’agit pas de juger positivement ou négativement du travail d’un artiste, mais de prolonger la création qu’il suscite. Il s’agit, pour moi, autant de textes de création que de textes de réception.

Cette union n’est pas nouvelle. Diderot, Baudelaire, Breton, pour ne citer qu’eux, ont été critiques d’art. À vrai dire, la littérature ne peut pas être cantonner à un « sens » et une « beauté » prisonniers des pages. À chaque lecture, à chaque minute, la littérature vit, se perd et se recrée. Il s’agit de quelque chose de concret, qui a à voir avec le monde et nos questions les plus simples ou les plus improbables. Sans notre existence concrète, la littérature ne vaut rien. Et notre vie concrète n’est pas une donnée absolue. Tout peut être questionné ou détourné, ce que font fondamentalement les artistes. Au regard de cette interrogation commune devant notre existence immédiate, mais aussi de cette ouverture d’esprit, littéraires et artistes ont beaucoup en commun.

Je profite de ce billet pour faire un petit peu de publicité pour ces lieux de l’art contemporain à Chicoutimi que sont :

La galerie L’Œuvre de l’autre
Le centre d’exposition de l’UQAC
555, boul. de l’Université
Chicoutimi (Québec)  G7H 2B1
418 545-5011, poste 4718

Le Centre Bang – Espace Séquence
132, rue Racine Est
Chicoutimi (Québec)  G7H 5B5
418 543-2744

Espace Virtuel
534, rue Jacques-Cartier Est
Chicoutimi (Québec)  G7H 1Z6
418 698-3873

Le Lobe
114, rue Bossé
Chicoutimi (Québec)  G7J 1L4
418 690-3182

Les ateliers Touttout
114, rue Bossé
Chicoutimi (Québec)  G7J 1L4
418 545-5154

Tout reste encore à apprendre

Photo Paul 1_A15Par Paul Kawczak, étudiant au Doctorat en lettres

Étudiant-enseignant

Il est possible, aux cycles supérieurs, d’enseigner en tant que chargé de cours. Pour ce qui est des détails administratifs, je vous renvoie à qui saura vous renseigner au sein de votre département, je n’ai jamais été bien fort avec cet aspect de la vie universitaire. Toutefois, je peux dire quelques mots de mon expérience d’enseignement.

Un jour, en France, un professeur m’a dit qu’il n’avait jamais rien su avant d’avoir enseigné. Je me souviens d’avoir été surpris par cette déclaration. C’est quelque chose que je ressens profondément maintenant.

Pour enseigner une matière, il faut la connaître sur le bout des doigts, non seulement en maîtriser les éléments qui seront transmis, mais également la logique interne à la discipline, la dynamique intellectuelle qui en fonde les bases et en prolonge les ramifications.

Si, par exemple, dans un cours de narratologie, j’explique les notions d’analepse et de prolepse, ces concepts temporels qui permettent d’analyser l’organisation temporelle d’un récit, je ne dois pas seulement savoir qu’une analepse est un saut chronologique vers le passé, et une prolepse un saut vers le futur. Je dois également envisager les limites de ces notions, et pour cela, connaître la réflexion qui a mené à leur élaboration. Ceci me permet de faire face à toute difficulté que pourrait rencontrer un étudiant et répondre de façon constructive à ses questions. Pour connaître le rôle du carburateur, il faut maîtriser le fonctionnement de tout le moteur. Répondre à une question théorique d’un étudiant, c’est démonter et remonter avec lui les pièces d’un moteur intellectuel.

Mais si ça n’était que cela… Enseigner, au-delà de pousser plus avant la connaissance d’un sujet théorique ou pratique, c’est apprendre à se connaître soi-même comme actant d’un savoir et remettre en question sa situation au sein du système de l’institution du savoir. Je suis chargé de cours, de telle matière, à tel niveau, certes, mais quel est mon rapport humain au savoir ? Me donne-t-il une autorité ?Comment dois-je l’utiliser ? Dois-je en retirer fierté ou humilité ? Quelle est ma relation avec étudiants lorsque je suis en fonction ? Quelle partie de moi, outre mon savoir, puis-je partager avec eux ? Jusqu’à quel point en suis-je capable ?

Qui est cet autre moi, chargé de cours, devenu l’un des rouages d’un vaste système que je soupçonne à peine ? C’est une question que je m’étais peu posée étudiant, m’imaginant – à tort – plus passif qu’actif et loin encore de pouvoir gagner ma vie ou contribuer au monde universitaire. Il semble que lorsque mon professeur me disait ne rien savoir avant d’avoir enseigné, il parlait également de cela, de cette partie du savoir que l’on ne découvre véritablement qu’en prenant place du côté enseignant, et dont la lourde responsabilité n’est pas inhérente à sa prétendue autorité, mais à sa perpétuelle remise en question. Gagner sa vie, en enseignant ou en faisant toute autre chose, c’est aussi la construire.