ÉTUDES LITTÉRAIRES

Bouche et pensée

Bouche et pensée1Par Paul Kawczak, étudiant au Doctorat en lettres

J’abordais, dans un billet précédent, le sujet des colloques et des communications. Je traitais avant tout de la dimension scientifique des colloques. J’aimerais ici en évoquer la dimension humaine.

Il n’y a pas de recherche scientifique isolée. Toute activité de recherche s’inscrit au sein d’un effort collectif et d’une communauté, et chaque colloque est l’occasion de rencontrer les membres de cette communauté. Aussi, les moments des repas sont-ils presque aussi important que ceux des présentations et des discussions. Rarement les organisateurs d’un colloque omettent de prévoir un ou plusieurs dîner et soupers réunissant les participant-e-s. Le café et les viennoiseries constituent également des points essentiels d’un colloque réussi.

Les plaisirs de la chair, précisément mettent de la chair autour de l’os scientifique, aussi savoureux sa moelle soit-elle. Il n’y a pas d’intellect, aussi performant qu’il soit, qui soit insensible aux actes essentiels du boire et du manger. Nombreux sont les moments du corps que l’on garde tabous, notamment concernant les déchets et la sexualité. Mais l’alimentation est un acte social, et même l’acte corporel social par excellence. En mangeant ensemble, à l’occasion d’un colloque, les professionnels de l’intellect réaffirment leur corporalité et les joies de leur corps.

Aussi, me semble-t-il, ce n’est pas un hasard si certaines des discussions les plus intéressantes, certains des contacts les plus fermement établis lors d’un événement scientifique le sont autour d’une table. L’acte de manger, en réaffirmant l’existence et les joies du corps, réaffirme l’humain dans sa sociabilité première. Boissons et mets sont le terreau de la pensée !

Je terminerais en remarquant que, dans la vie d’un universitaire, les colloques sont les grands moment de la bouche. Bouche pour parler, bouche pour manger. La vie de l’esprit, de sa communauté, est scandée de ces moments de la bouche, le plus grand grand trou de notre corps, par lequel nous échangeons nos secrets à ceux du monde.

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Paul Kawczak

Quand on me demande une biographie, je dis généralement que j'aime le saumon fumé et je m'arrête là. Mais cette fois-ci je vais essayer... Je suis né le 12 novembre 1986 – scorpion – à Besançon, au cœur du Vieux Continent. J'ai grandi, grandi, beaucoup rêvé, puis j'ai eu envie de faire des études. Elles m'ont conduit en Suède puis au Québec, à Chicoutimi où je vis toujours. J'y termine un doctorat en lettres, je travaille sur le roman d'aventures des années 1920-1930. Mes études s'achèvent et en y pensant bien, tout s'est bien passé. Pour l'anecdote, je suis rentré à l'université en m'inscrivant dans un programme de mathématiques-physique, j'en sors avec un doctorat en lettres ! C'est la vie et c'est pour le mieux ! En plus, je me suis mis à écrire...

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