Travail social

Un petit velours!

livre prejuges Eli

Je sais, je sais, cet article est un peu en retard vis-à-vis les délais habituels, mais je crois que j’ai une bonne excuse…

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de mon travail de travailleuse communautaire et rédactrice à L.A.S.T.U.S.E. du Saguenay, un organisme qui travaille en défense de droits des personnes sans emploi depuis plus de 30 ans. Peut-être, trouvez-vous le lien avec ce blogue destiné aux étudiants des sciences sociales un peu tordu pour le moment, mais je pense qu’à la fin de ce texte, vous comprendrez mieux pourquoi il est important que le financement continue d’être disponible dans notre domaine, afin que d’autres initiatives telles que celle-ci puissent prendre leur envol dans notre beau domaine et que nous ayons la chance d’y travailler! En tant qu’étudiants et futurs intervenants, je pense que cette petite histoire saura vous intéresser!

En décembre 2013 je n’avais aucune expérience en travail social, mais j’avais déjà l’appel pour la relation d’aide depuis plusieurs mois. J’étais journaliste depuis plus de trois années, je connaissais la rédaction, les relations de presse, la coordination et l’édition assez bien, mais je ne me sentais plus heureuse dans ce domaine où la pression prend beaucoup de place au détriment des liens avec les gens…

Lorsque j’ai vu une offre d’emploi à L.A.S.T.U.S.E. du Saguenay qui recherchait une personne pour faire la rédaction d’un livre-photo documentaire sur les préjugés entourant l’aide sociale, je me suis sentie directement interpellée.

J’ai appliqué en n’ayant que très peu d’attentes vu le nombre de candidats et mon manque d’expérience. Je connaissais déjà un peu l’organisme pour en avoir déjà parlé à quelques reprises dans le journal pour lequel je travaillais. Je connaissais aussi le coordonnateur Sylvain Bergeron.

Quand on m’a convoquée à l’entrevue, j’ai été surprise de constater que ce n’était pas M. Bergeron, mais bien les membres de L.A.S.T.U.S.E., soit des personnes sans emploi, qui me posaient leurs questions autour de la table. Ça m’a grandement touchée de voir que ces personnes souvent mises de côté ont toute la place au sein de cet organisme et que c’est à eux que reviennent toutes les décisions. J’étais déjà séduite, mais je n’avais pas d’attentes encore. J’avais même perdu espoir d’avoir cet emploi, parce que je me disais qu’avec mes grosses pattes de journaliste, je pourrais leur sembler un peu moins adéquate pour ce poste alors qu’il y avait d’autres personnes sans-emploi qu’ils connaissaient bien mieux et depuis plus longtemps encore…

Et pourtant, ils m’ont choisie et donné ma chance!

J’ai quitté mon emploi de journaliste et j’ai commencé à travailler dans le milieu communautaire.

De février 2014 à mars 2015, j’ai eu le plus bel emploi qu’il m’ait été donné d’avoir! J’ai été engagée pour mener à terme un projet extraordinaire visant à donner toute la place à des personnes qu’on souhaite souvent mettre de côté et juger, sans savoir ce qu’elles vivent vraiment.

De fil en aiguille, j’ai compris l’ampleur et surtout l’importance d’un tel projet visant à faire l’éducation populaire sur le sujet. Un comité de personnes volontaires de L.A.S.T.U.S.E. était aussi impliqué dans la concrétisation du livre. J’ai donc pu assez rapidement toucher au milieu social en organisant des rencontres pour parler d’un sujet qu’ils connaissaient beaucoup mieux que moi. C’était un bel échange, puisqu’ils me donnaient leur expertise en la matière et que je leur transmettais des notions d’édition.

J’ai commencé à me faire un peu mieux connaître dans le milieu en accompagnant mon coordonnateur sur les diverses tables de lutte et comités de partout dans la région et les gens touchés par la pauvreté ont commencé à savoir qu’un livre se préparait. Tout s’est fait de façon volontaire et au total, pas moins de 29 personnes de tout le Saguenay-Lac-Saint-Jean ont accepté de livrer un témoignage sur ce qu’ils vivent. L’idée du livre était de partager leur histoire, mais en laissant la place à l’espoir et le positivisme, pour tenter d’enrayer l’idée sombre et misérabiliste qui entoure le sujet. En montrant cet autre côté rarement exploité de ce sujet, nous croyions que cela pourrait diminuer les préjugés négatifs.

Il est encore tôt pour mesurer tous les impacts et le résultat de ce livre puisque le lancement a eu lieu seulement le 23 mars, mais je peux dire que c’est un succès sur toute la ligne!

Pendant la récolte de témoignages, j’ai rencontré des gens qui ont accepté de lever le voile sur un sujet difficile. Ils se sont confié de façon publique et en acceptant de se faire prendre en photo par un bénévole au grand talent, M. Daniel Gauthier. Certains ont même avoué parler de certaines choses dont ils n’ont jamais osé parler auparavant, de peur d’être jugés. C’était très libérateur et tous l’ont fait pour changer les perceptions.

L’apogée de ce beau projet s’est déroulé lors du lancement du 23 mars dernier, alors que plus de 75 personnes se sont présentées à l’évènement.

Bon nombre de personnes qui ont donné un témoignage étaient présentes pour ce grand moment et plusieurs ont pris la parole devant le public, au micro, pour expliquer leur expérience et leur fierté, surtout, d’avoir enfin la parole. Plusieurs m’ont avoué être surpris d’avoir le courage prendre la parole devant les gens, une chose qu’ils croyaient impossible avant.

Le comité qui a participé à la conception du livre avec moi était lui aussi très fier de ce moment qui était comme l’aboutissement d’un long processus au cours duquel ils ont eux aussi cheminé et retrouvé beaucoup d’estime.

Cette initiative de L.A.S.T.U.S.E. du Saguenay a été rendue possible grâce à l’Alliance régionale pour la solidarité financée par le Fonds québécois d’initiatives sociales (FQIS) dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

En ces temps de coupes dans les services sociaux et le communautaire, je pense que de rappeler le projet que j’ai mené au cours de la dernière année démontre bien leur raison d’être.

La défense collective de droit est souvent vue comme un milieu peu alléchant et difficile… Pourtant, il y a tellement de choses à y apprendre!

Maintenant que ce livre est lancé et que le financement du projet est épuisé, je me retrouve dans la même situation que les personnes avec qui j’ai travaillé dans la dernière année… Une chômeuse sans-emploi. Bien entendu, je suis aussi étudiante en intervention communautaire et j’ai plusieurs projets bénévoles dans les prochains mois… Mais pour la première fois de ma courte vie, je suis une personne sans-emploi. J’avoue que ça me fait réfléchir et me réitère une chose importante que j’ai apprise pendant mon travail au cours de la dernière année : perdre son emploi, ça peut toujours arriver. Même lorsqu’on ne s’y attend pas.

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Elizabeth Dupont

Ex-journaliste déçue souhaitant mieux aider (lire changer) le monde en travaillant avec le vrai monde, je fais un retour aux études à temps partiel au Certificat en intervention communautaire, alors que je travaille à temps plein dans un organisme communautaire qui vient en aide aux sans emploi. Je fais du bénévolat avec une personne atteinte d’Alzheimer. J’aime le monde. J’aime écrire. Je rêve de conjuguer les deux.

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