ÉTUDES LITTÉRAIRES

L’étudiant / écrivant / écrivain

Image Paul_3 aoûtPar Paul Kawczak, étudiant au Doctorat en lettres

Bonjour à toutes et tous !

Il m’est arrivé plusieurs fois de me faire demander, alors que je venais de dire que j’étudiais la littérature française, si j’allais devenir écrivain. Cela vient d’une confusion répandue entre l’étude de la littérature et sa pratique. Essentiellement, des études littéraires apprennent à lire et non à écrire. Ou plutôt, en reprenant la distinction qu’opère Roland Barthes1, on peut dire que des études littéraires forment des écrivants et non des écrivains, des écrivants qui utilisent la parole pour communiquer de façon univoque sur la littérature. Des écrivants qui communiquent sur l’incommunicable des écrivains. Si cette dernière formule est quelque peu simpliste et sacrifie un peu trop au cliché, il reste toutefois indéniable que les études littéraires ont ceci de particulier qu’elles se fondent sur le contact non-évident entre le transitif de la science et un certain intransitif littéraire, entre la clarté du discours universitaire et l’ambiguïté fondamentale de la parole littéraire. Il est intéressant de noter que plusieurs critiques célèbres déploient des talents d’écrivains pour cerner le fait littéraire. Barthes, que je viens de citer, est de ceux-là, critique réputé pour son sens de la formule – dont j’admire le style, bien que son emploi abusif des parenthèses parfois m’irrite un peu… N’est-il pas ainsi plaisant de pouvoir lire dans un ouvrage de théorie littéraire que « Le souvenir est le début de l’écriture et l’écriture est à son tour le commencement de la mort (si jeune qu’on l’entreprenne) » (Le degré zéro de l’écriture) ?

Je laisse un petit temps à la méditation.

Il me semble que si une importante pratique des œuvres est indispensable à l’écriture littéraire, elle n’est pas pour autant décisive. Avant toute chose l’écriture puise ses ressources dans la vie. On est écrivain dans sa vie et non pas à l’université. Le commencement de la mort dont parle Barthes est le début de la vie, commencer à écrire est une forme particulière de commencer à vivre, d’être en dehors de toute fonction. Néanmoins, ce débordement sensible qu’est l’écriture littéraire ne doit pas être exclu de l’activité universitaire. Étudier en lettres, c’est apprendre à devenir un écrivant, mais un écrivant qui appelle à l’écrivain, à l’écrivain en soi, à l’écrivain en l’autre, qui l’appelle sans peut-être le voir, mais sans douter de son existence, en se reposant avec confiance sur la possibilité de son existence. Étudier la littérature c’est d’abord croire à son existence. Du côté du langage, l’étudiant en lettres – et le chercheur – scrute un miroir trouble dont il est certain de la beauté ; il peut y voir l’autre et ne jamais s’y voir, il peut également y découvrir son reflet, et commencer une autre vie…

Bon été !

1Roland Barthes, Essais critiques, « Écrivains, écrivants »

 

The following two tabs change content below.

Paul Kawczak

Quand on me demande une biographie, je dis généralement que j'aime le saumon fumé et je m'arrête là. Mais cette fois-ci je vais essayer... Je suis né le 12 novembre 1986 – scorpion – à Besançon, au cœur du Vieux Continent. J'ai grandi, grandi, beaucoup rêvé, puis j'ai eu envie de faire des études. Elles m'ont conduit en Suède puis au Québec, à Chicoutimi où je vis toujours. J'y termine un doctorat en lettres, je travaille sur le roman d'aventures des années 1920-1930. Mes études s'achèvent et en y pensant bien, tout s'est bien passé. Pour l'anecdote, je suis rentré à l'université en m'inscrivant dans un programme de mathématiques-physique, j'en sors avec un doctorat en lettres ! C'est la vie et c'est pour le mieux ! En plus, je me suis mis à écrire...

Derniers articles parPaul Kawczak (voir tous)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *