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La dyspha… quoi?

Par Suzie Tardif, étudiante à la Maitrise en éducation

Ces temps-ci, plusieurs personnes me demandentDysphasie quel est le sujet de mon mémoire. Je leur explique alors que je m’intéresse aux comportements parentaux qui favorisent l’autodétermination des adolescents dysphasiques. La plupart du temps, ces mêmes personnes me répondent :

-Ah c’est intéressant… mais qu’est-ce que c’est au juste la dysphasie?

Eh bien, je tenterai, dans cet article, de répondre brièvement à cette question.

Qu’est-ce que la dysphasie?

« La dysphasie, bien plus qu’une simple maladie, est l’histoire malheureuse d’un enfant avec son langage. »

(Gérard, 1993, p.11)

Gérard (2003) élabore une définition de la dysphasie qui tient compte de la littérature (Rapin et Allen, 1983; Woods, 1985 cités par Gérard, 2003). Selon lui, « la dysphasie se définit par l’existence d’un déficit durable des performances verbales, significatif en regard des normes établies pour l’âge » (p.12). Le diagnostic de la dysphasie et son niveau d’atteinte chez l’enfant sont posés par l’orthophoniste et ce, généralement après l’âge de 6 ans (Ryckebusch, 2008). Il touche généralement 1% de la population scolaire et davantage les garçons que les filles (Amar-Tuillier, 2004, Franc et Gérard, 2004).

Il existe trois types de dysphasies selon les classifications internationales et celles-ci ont différentes formes. En effet, les manifestations de ce trouble du langage sont fort hétérogènes auprès des personnes atteintes. La dysphasie dite réceptive ou agnosie auditivoverbale affecte la réception du langage oral. Ce type de dysphasie demeure à la fois rare et très grave (Billard, 2002). Les élèves ont alors de la difficulté à analyser les sons, particulièrement ceux qui ont des ressemblances phonologiques, bien qu’ils entendent les messages transmis (Amar-Tuillier, 2004). Le langage peut alors être problématique phonologiquement ou tout simplement absent (Soares-Boucaud et al., 2009). Les dysphasies dites expressives sont plus communes et dérangent quant à elles la production du langage oral (Billard, 2002; Ryckebusch, 2008). Selon Amar-Tuillier (2004), les enfants ayant une dysphasie expressive ont de la difficulté à transmettre un message puisqu’ils n’arrivent pas à choisir les bons mots ou à composer des phrases syntaxiquement acceptables. Selon Ryckebush (2008), plusieurs jeunes sont atteints d’une dysphasie mixte qui combine ces deux formes.

À l’école, un élève présentant une dysphasie a un trouble spécifique du développement du langage. La spécificité de son trouble résulte du fait que la dysphasie « n’est pas la résultante d’un autre trouble » (Ryckebusch, 2008). Ainsi, pour être considéré comme dysphasique, l’élève ne doit pas, par exemple, être atteint d’une déficience intellectuelle, de problèmes neurologiques ou d’un trouble envahissant du développement (Chevrie-Muller, 1996; Gérard, 2003; Ryckebusch, 2008). Toutefois, le développement de l’enfant demeure anormal et plusieurs difficultés ou troubles associés à sa vie affective, sociale, familiale et scolaire en découlent (Desjardins, 2006). En effet, des « troubles de l’attention, de la mémoire, de la motricité et/ou du comportement (hyper ou hypo activité) s’associent souvent à la dysphasie et sont directement liés au trouble neurologique » (Romagny, 2008, p.48).

Les élèves présentant ce trouble du langage ont souvent plusieurs difficultés dont les manifestations diffèrent en fonction du degré d’atteinte. Ces élèves ont, entre autres,:

« des difficultés marquées ce qui a trait à l’expression et à la compréhension des phrases, tant à l’oral qu’à l’écrit : grammaire (morphologie), non-respect de l’ordre des mots (syntaxe), incompréhension ou absence de phrases complexes, des difficultés marquées de compréhension en lecture, peu de liens de causalité entre les idées et les épisodes d’un récit, un vocabulaire limité, etc. » (CSQ, 2013, p.24).

De plus, la dysphasie engendre dans la plupart des cas des troubles du langage écrit et des symptômes psychopathologiques reliés au fait que l’enfant communique peu (Soares-Boucaud et al., 2009). Des difficultés gênantes dans l’apprentissage du langage écrit sont souvent rencontrées chez les élèves dysphasiques puisqu’il « existe une importante continuité entre l’oral et l’écrit » (Soares-Boucaud et al., 2009, p. 5).

Bien que leurs difficultés soient importantes, plusieurs élèves dysphasiques peuvent obtenir un diplôme et peuvent réussir (Franc et Gérard, 2004). Parmi les modèles de persévérance connus, une personne m’inspire particulièrement : ma sœur.

Diagnostiquée dysphasique à l’âge de 6 ans, cette dernière demeure un exemple de persévérance pour tous. Compilant difficultés et échecs, elle a tout de même su réussir malgré son trouble du langage. Elle détient aujourd’hui deux diplômes : son diplôme d’études secondaires et son diplôme d’études professionnelles.

En plus d’être fort persévérante, ma sœur avait la chance de pouvoir compter sur mes parents. En effet, ces derniers se sont grandement impliqués dans son cheminement scolaire et elle leur doit une partie de sa réussite. « Sans mes parents et mes sœurs, je n’aurais jamais eu mes diplômes » dit-elle fièrement.

Selon moi, l’accompagnement du parent dans le cheminement scolaire de l’enfant diagnostiqué dysphasique est primordial pour favoriser sa réussite et c’est un peu ce que je vais essayer de démontrer durant les deux prochaines années dans le cadre de mon mémoire…

Maintenant, vous comprenez davantage ce qu’est la dysphasie, bien que plusieurs autres informations puissent compléter cette définition. Ce sera l’objectif d’un prochain article 😉

Références

Amar-Tuillier, A. (2004). Mon enfant souffre de troubles du langage et des apprentissages. Paris: La Découverte.

Billard, C. (2002). Les troubles du langage chez l’enfant. Journal de Pédiatrie et de Puériculture, 15(3), 153-159. doi: http://dx.doi.org/10.1016/S0987-7983(02)83039-0

Chevrie-Muller, C. (1996). Le langage de l’enfant. Paris: Masson.

Desjardins, V. (2006). Le développement professionnel d’enseignants intervenant auprès d’élèves dysphasiques. Université du Québec à Montréal, Montréal. Retrieved from http://www.archipel.uqam.ca/2909/

Fédération des syndicats de l’enseignement (CSQ). (2013). Référentiel-Les élèves à risque et HDAA. St-Joseph: Fédération des syndicats de l’enseignement (CSQ).

Franc, S., & Gérard, C. L. (2004). Devenir scolaire des enfants dysphasiques. Approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant(76-77), 123-132.

Gérard, C. L. (1993). L’enfant dysphasique. Bruxelles: De Boeck Université.

Gérard, C. L. (2003). L’enfant dysphasique. Bruxelles: De Boeck.

Romagny, D.-A. (2008). Repérer et accompagner les troubles du langage, outils pratiques, mesures pédagogiques, adaptatives et rééducatives. Lyon : Chronique sociale.

Ryckebusch, C. (2008). À l’école aussi, à chacun sa dysphasie… Troubles du langage et apprentissages, 2, 19-28.

Soares-Boucaud, I., Labruyère, N., Jery, S., & Georgieff, N. (2009). Dysphasies développementales ou troubles spécifiques du développement du langage. Elsevier Masson- Psychiatrie/Pédopsychiatrie(37-201-E-15). doi: 10.1016/S0246-1072(09)48131-8

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Je me nomme Suzie Tardif et je suis étudiante à la Maîtrise en éducation. J'ai terminé, en 2013,  mon Baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire à l'Université du Québec à  Chicoutimi. À travers mes articles, vous pourrez découvrir trois passions qui m'inspirent : l'éducation, l'orthophonie et les voyages. Bonne lecture !

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2 réflexions sur “ La dyspha… quoi? ”

  1. Je trouve cet article très intéressant et je suis ravie que Suzie s’intéresse au comportement des parents face à un enfant dysphasique car étant moi même mère d’un enfant dysphasique, je suis toujours dans le doute de bien faire, dans l’interrogation permanente : comment faire pour protéger mon fils des incompréhensions extérieures et lui donner la force de trouver sa place dans cette société ? Je voudrai que mon fils soit heureux, tout simplement.

  2. Merci pour ce commentaire madame Chauveau.
    J’espère un jour que mes écrits vous seront utiles.

    P.S.: Votre fils sera heureux, j’en suis certaine.

    Madame Suzie

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