POLITIQUE

Cette maudite philosophie! Et le jour où Dostoïevski changea ma vie.

DostoïevskiPar Ariane Néron Lapointe, étudiante au Baccalauréat en science politique

Ma folle jeunesse collégiale est enfuie dans un brouillard, parfois au loin, me reviennent quelques bribes sur les figures de style qui ponctuaient mes textes – allégorie, anaphore, antithèse –, ces romans français et américains que j’ai mainte fois lus et analysés, ces tableaux impressionnistes, maniéristes et romantiques qui m’ont fasciné; voilà ce qui me vient en mémoire lorsque je repense à mes cours en Arts et lettres. Ces acquis sont notables puisque mes cours de français, de badminton, de biologie ou de philosophie, quant à eux, relèvent presque d’une autre époque. C’est cependant la philosophie qui a subi le plus de dommages dans ma mémoire; elle fut altérée, désincarnée et maintes fois incohérente. Entre mes divers professeurs et Platon, Hobbes, Montesquieu, etc., mes deux ans de philosophie s’avérèrent interminables. Ce que je pouvais détester ces cours! Et ce ne fut guère mieux à mon entrée à l’Université lorsque j’assistais à mes cours de pensée politique… ouf!

Alors que la philosophie m’apparaissait jusqu’ici comme un outil inintelligible, à la dernière session, il s’est passé quelque chose de merveilleux. Innocente, je m’étais assise dans un de ses cours que je croyais concrets avec ses éléments empiriques – dates, personnages et événements historiques. Rapidement, je fus désillusionnée lorsque je me rendis compte qu’il était aux antipodes de mes compétences cérébrales. Qu’avais-je fait? Pourquoi m’étais-je faufilée moi même dans cette philosophie qui me détestait? Parallèlement, pour ajouter à mon malheur, je m’étais inscrite dans un atelier de lecture qui complétait ledit cours; on lisait alors Les Démons de Dostoïevski, une vieille brique russe. Je venais d’avoir mon instant de grâce. Plus j’avançais dans ma lecture et plus j’assistais au cours, plus je comprenais les rouages de la philosophie. Ce monde qui était le mien depuis plus de 22 ans, me paraissait soudainement différent, je pouvais le réinterpréter à l’infini; la philosophie m’offrait cette ouverture sur les possibles. Avec la philosophie, j’avais le sentiment que je pourrais saisir toute l’essence de la science politique. Cela peut paraître banal pour vous, mais, croyez-moi, certaines choses méritent qu’on s’y attarde; elles méritent d’être redécouvertes. Depuis, mes essais scolaires se portent mieux, car j’ai en main un nouvel instrument; j’ai tout le savoir des philosophes des siècles passés.

Je tenais à vous faire part de mon illumination, pour qu’un jour vous aussi vous ayez votre illumination. Il n’est rien de plus beau dans la vie que de découvrir que l’étranger nous devient familier, que certaines choses qualifiées à tort de pompeuses à notre époque sont en fait accessibles au commun des mortels. Et qui sait, si la philosophie a pu se révéler à moi en pleine session d’automne, peut-être qu’elle pourra se révéler à vous aussi: à toi, étudiant blasé pour qui le collège n’est qu’un rite de passage ou à toi, universitaire qui pense encore à défaut maîtriser l’univers qui t’entoure…

Ariane, nouvelle philosophe

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Ariane Néron Lapointe

Je me nomme Ariane Néron Lapointe et je suis étudiante en dernière année au Baccalauréat en science politique. Jusqu’à l’âge de 20 ans, entre l’histoire, la criminologie, la communication et la science politique mon cœur balançait. Depuis, je suis tombée follement amoureuse de tous ces moments dans la vie des hommes où les idéologies, les mouvements sociaux, les politiques publiques, les relations de pouvoir... forgent cette science politique qui est désormais mienne et qui, je l’espère, me permettra de susciter chez vous de l’intérêt.

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